Le procès de la financiarisation

Antoine Jeancourt-Galignani

N° 135 Automne 2011

Article


La cause est désormais entendue. La crise a confirmé, en pire, ce que beaucoup disaient depuis quelques années : le mal provient de la financiarisation de l'économie. La finance, de servante de l'économie réelle qu'elle était jadis, et qu'elle devrait toujours être, a peu à peu imposé la loi de ses spéculations à l'ensemble des activités économiques, provoquant des bulles de fausses valeurs suivies de récessions et de chômage. Elle a en outre pour effet en toutes périodes de creuser les inégalités, et d'abord au bénéfice de ses traders et de leurs dirigeants.Voilà le nouveau paradigme de la pensée économique et politique française. Il se décline en différents concepts et notamment dans l'opposition originale entre un bon capitalisme « industriel » et un mauvais capitalisme « financier » ou encore « boursier ». Aujourd'hui, seuls les extrêmes de gauche et de droite condamnent le rôle des marchés de biens et de service. Mais tous veulent les réguler et surtout les tenir à l'abri des initiatives des financiers. On ne trouve guère d'équivalent à une telle idéologie hors de notre pays. Sans doute les Américains, traditionnellement méfiants à l'égard des banques, sont-ils, assez légitimement, dans une phase de critique et de re-régulation. Les Allemands sont volontiers sévères pour les innovations financières, même s'ils abritent désormais avec la Deutsche Bank un champion de la banque mondialisée. Mais aucun ne se livre, avec le génie de l'abstraction qui nous caractérise, à une critique aussi étendue et radicale du fonctionnement de l'économie contemporaine.Il faut prendre au sérieux cette conviction qui touche toute la société, la classe politique dans une large majorité, jusqu'au sommet de l'État, les syndicalistes, les intellectuels, les moralistes et même certains dirigeants d'entreprise.

A. J.-G.

En effet, il faut prendre au sérieux cette conviction qui touche toute la société, la classe politique dans une large majorité, jusqu'au sommet de l'État, les syndicalistes, les intellectuels, les moralistes et même certains dirigeants d'entreprise. Des décisions peuvent être prises inspirées par ces idées, au moins...

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