Le Monde, prescripteur d'opinions ?

Jean-Marie Colombani

N° 162 Été 2018

Article


Ce titre que m'a proposé l'Académie des sciences morales et politiques le 5 mars et que reprend aujourd'hui Commentaire sonne comme un idéal et un reproche à l'égard d'un journal que j'ai dirigé un temps. L'idéal ? Un idéal perdu peut-être, car qui est encore prescripteur aujourd'hui, dans une presse écrite soumise elle aussi au règne sans partage des réseaux mondiaux et sociaux ? Pourtant, il faut avoir à l'esprit que tous les grands mouvements sociaux, les grandes évolutions de notre société, ont toujours été accompagnés par une presse prescriptrice : que ce soit la décolonisation, la libération de la femme et le combat pour l'égalité, l'avènement de l'alternance et bien d'autres. Donc c'est utile ! Mais on peut aussi le comprendre comme un reproche : et si Le Monde avait été lui aussi atteint par un mal bien français, à savoir être une presse d'opinion. Aux dépens de ce qui devrait être l'alpha et l'oméga du journalisme : le respect des faits. Que dis-je ? La religion des faits. Si bien que l'on a pris l'habitude en France de figurer le journaliste soit comme un porteur de casaque – c'est le plus souvent la vision et l'aspiration des politiques –, soit comme le point ultime de la corruption moderne – d'autant qu'aucun titre de presse nationale aujourd'hui n'échappe au contrôle d'un industriel milliardaire. La réalité est bien sûr plus complexe.

J.-M. C.

Cette réalité est celle d'un artisanat : ce sont des tensions, des contradictions permanentes qui tiennent ensemble pourvu que l'on ait l'obsession de se conformer à quelques principes professionnels qui commandent la hiérarchisation de l'information, sa mise en perspective, sa contextualisation, sa vérification. Le Monde, prescripteur d...

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