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Le départ des Juifs d’Afrique du Nord

Albert Memmi

N° 152 Hiver 2015

Chroniques


Albert Memmi est né à Tunis en 1920, dans une famille juive de langue arabe. Éduqué à l'école de l'Alliance israélite universelle et au Lycée Carnot de Tunis (où il enseignera ensuite dans les années 1940 et 1950), il a fait ses études supérieures de lettres à la Faculté d'Alger puis à la Sorbonne. Au carrefour de trois cultures, il a édifié une œuvre considérable qui porte sur ce que fut l'Afrique du Nord sous la domination française, sur les colonisés et sur leurs colonisateurs dans les départements français d'Algérie et dans les Protectorats, sur la Régence de Tunis et sur l'Empire chérifien. Le CNRS vient de rééditer en un volume, de 1 290 pages, les principaux ouvrages d'Albert Memmi, réunis sous le titre de Portraits. Dans cette œuvre il dresse le procès de cette période de notre histoire coloniale. Entendons procès en son double sens : celui d'un processus qui a profondément transformé le Maghreb et celui d'une mise en cause de cette évolution. On sait que vivait en Afrique du Nord une importante population juive, plus de 300 000 habitants au milieu du xx e siècle, de nationalité française en Algérie, depuis le décret Crémieux, initié sous le Second Empire et édicté au début de la IIIe République, principalement de nationalité marocaine au Maroc, principalement tunisienne mais aussi française et italienne en Tunisie. Cette population juive était très ancienne. Elle était pour une part antérieure au christianisme et avait vécu tout au long de la période romaine, survécu sous l'Islam et sous la domination ottomane et, pour une autre part, elle était venue d'Espagne après la Reconquista. À l'indépendance des pays du Maghreb cette population rejoignit la France ou émigra, pour partie, en Israël. C'est sur cette question du départ des Juifs d'Afrique du Nord que porte le texte qu'Albert Memmi a bien voulu nous confier. Il faut dire un mot de l'origine de cette lettre, puisque c'est d'une lettre qu'il s'agit et qu'elle a été adressée, le 24 août 2006, au président de la République algérienne Abdelaziz Bouteflika dans les circonstances suivantes : les Éditions ANEP avaient publié à Alger, en 2006, une édition en langue arabe du Portrait du colonisé, l'un des ouvrages les plus célèbres d'Albert Memmi. Le livre s'ouvrait sur une préface du Président Bouteflika. Dans celle-ci il écrivait qu'Albert Memmi « par son itinéraire personnel et par la communauté à laquelle il appartient fait partie des groupes et des individualités qui, en Tunisie, mais aussi au Maroc et, de manière encore plus contrastée, en Algérie, souffrent, à un degré moindre que le reste de leurs peuples, de l'oppression coloniale ». Le Président Bouteflika ajoutait : « Je ne peux m'empêcher de penser à ce que serait devenu le Maghreb si les communautés juives, qui, par leur histoire et leur culture, étaient une composante entièrement endogène de nos sociétés, n'avaient pas été prises dans la spirale de l'identification au colonisateur, n'avaient pas été mises en position d'étrangeté vis-à-vis de leurs propres peuples par les pratiques de stratification raciste qui étaient l'une des modalités de la reproduction de la domination coloniale. À coup sûr, un Maghreb plus divers, plus dynamique. » Cela ne s'est pas produit et, à coup sûr, la France et Israël ont gagné en diversité et en dynamisme. Mais pourquoi cela ne s'est-il pas produit ? C'est ce qu'Albert Memmi tente d'expliquer au Président algérien.

J.-C. C.

Monsieur le Président, L'un de mes collègues de passage à Alger m'envoie une édition algérienne de mon livre le Portrait du colonisé. Je regrette bien sûr de n'avoir pas été consulté et je serais content de recevoir au moins quelques exemplaires de presse. Mais ce n'est...

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