Le comte de Narbonne

Benedetta Craveri

N° 156 Hiver 2016

Article


Benedetta Craveri a publié au début de l'année, aux éditions Adelphi de Milan, un bel ouvrage, Gli Ultimi Libertini, que Flammarion offre ce trimestre aux lecteurs français, dans une excellente traduction, sous le titre : Les Derniers Libertins (640 pages). Ce libre raconte l'histoire d'un groupe de jeunes aristocrates français dont la jeunesse a coïncidé avec la chute de la monarchie. Fiers, élégants, courageux, cultivés, amoureux, tels étaient le duc de Lauzun, le comte de Narbonne, le vicomte Joseph-Alexandre de Ségur, le duc de Brissac, le comte Louis-Philippe de Ségur, le chevalier de Boufflers, dont Benedetta Craveri retrace la vie mondaine et politique dans ces temps tragiques de l'histoire française. Nous lui avons demandé, pour nos lecteurs, des extraits de cet ouvrage original dans lequel de grands individus croisent leurs destins dans de grands moments. Benedetta Craveri et son éditrice, Teresa Cremisi, ont bien voulu acquiescer à notre demande et nous les en remercions. Voici donc les extraits que nous avons choisis. Ils concernent la vie du comte de Narbonne jusqu'en 1794. On connaît ce personnage exceptionnel. Louis, comte de Narbonne-Lara, est né à Parme en 1755. Sans doute est-il le fils naturel de Louis XV. Colonel et diplomate, élu de la noblesse à l'Assemblée constituante, il y devient un des chefs du centre, le parti feuillant. Ministre de la Guerre du 6 décembre 91 au 9 mars 92, il a bénéficié du soutien de Madame de Staël. Il en a été l'amant et il en aura deux fils. Il défend la monarchie constitutionnelle contre les ultras et contre les jacobins. Favorable à la guerre, il sert à l'armée, puis émigre après le 10 août. Il regagne la France sous le Consulat. Bonaparte le nomme général de division en 1801. À partir de 1809, Napoléon le distingue : gouverneur de Trieste, puis ministre plénipotentiaire à Munich. Il deviendra l'aide de camp de l'Empereur en mars 1810. Villemain, qui fut son secrétaire, en a tracé un portrait dans lequel il a fait connaître les conversations de Narbonne avec Napoléon. Il est nommé ambassadeur à Vienne en mars 1813. La guerre à nouveau ouverte, on le charge, en septembre 1813, de défendre Torgau en Saxe. Il y meurt le 17 novembre.

J.-C. C.

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