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La Ve République selon De Gaulle

Philippe Raynaud

N° 173 Printemps 2021

Article


Parmi les régimes démocratiques contemporains, la Ve République se distingue par le rôle exceptionnel joué dans sa fondation par une personnalité hors du commun qui ne s'est pas contentée du rôle du « législateur » antique, mais qui a en outre exercé le pouvoir suprême pendant plus de dix ans. Beaucoup d'observateurs pensaient que ce régime, qui entrait difficilement dans les catégories du droit constitutionnel, ne survivrait pas à son fondateur ni même à la crise algérienne ; soixante-deux ans plus tard, il va bientôt atteindre la longévité de la IIIe République, et la figure du général de Gaulle occupe dans la mémoire nationale une place qui n'est plus guère contestée, dans un monde pourtant très différent de celui de 1958. Il y a encore des « gaullistes », dont on ne sait pas trop à quoi ils sont fidèles, mais ce qui est encore plus remarquable, c'est la facilité avec laquelle, depuis l'élection de François Mitterrand à la présidence, les courants les plus divers et les plus éloignés des idées de De Gaulle ont pu s'adapter aux institutions qu'il avait créées, pour mener des politiques sans doute très éloignées de ce qu'il aurait pu souhaiter. On peut évidemment voir là un signe de la solidité du régime fondé en 1958, dont la Constitution vit naturellement sa vie propre sans nécessairement être fidèle aux intentions de son fondateur. Mais il se trouve que les références à De Gaulle jouent encore un rôle important dans la rhétorique politique et singulièrement dans les périodes d'élection présidentielle, où, pour parler comme Royer-Collard, le « gaullisme » coule à pleins bords, du Rassemblement national à la France insoumise en passant par les centristes. L'élection présidentielle reste l'élection décisive, qui mobilise plus d'électeurs que toutes les autres, et qui obéit à des règles qui ne sont pas celles des démocraties parlementaires, ne serait-ce que par la limitation ou la dénégation du rôle des partis qu'alimente le motif incontournable de la « rencontre d'un homme et d'un peuple », malgré le faible score au premier tour de la plupart des présidents élus depuis 1995. On se propose ici de revenir sur la manière dont De Gaulle a conçu la fonction présidentielle, pour voir jusqu'à quel point sa pratique a pu illustrer cette vision inédite et pour comprendre un modèle qui continue de peser dans notre vie politique, alors même que sa capacité à répondre aux problèmes qui se posent à la société française semble loin d'être avérée.

P. R.

Les origines du gaullismeLa genèse des « idées constitutionnelles » du général de Gaulle est aujourd'hui bien connue et ce que nous savons montre la continuité de sa vision, qui est sans doute la principale raison de choix politiques que la rationalité politique usuelle peinerait à expliquer. De ce point de...

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