La stratégie musulmane de la Russie

Walter Laqueur

N° 130 Été 2010

Article


L'Islam est « le destin de la Russie ».Telle était la prédiction faite il y a quelques années par Alexeï Malachenko, l'un des principaux (et des plus fiables) experts russes de l'Islam. Il est possible que ce soit exagéré, mais peut-être pas tant que cela.La démographie est, elle aussi, le destin de la Russie. Si sa situation et ses perspectives étaient moins critiques, l'Islam serait une moindre menace.On pourrait dire tout aussi justement que l'infortune et le destin historiques de la Russie sont d'être obsédée par des dangers imaginaires et de négliger les vrais dangers. Staline, rappelons-le, n'avait confiance en personne, et surtout pas dans les anciens bolcheviks, mais il était certain que Hitler n'attaquerait pas l'Union soviétique. C'est un syndrome fascinant, qui, avec la réémergence de la Russie comme acteur important en politique internationale, est redevenu crucial.Or, elle est bel et bien un acteur important. Il n'a fallu que quinze ans à l'Allemagne, après sa défaite lors de la Première Guerre mondiale, pour réapparaître comme grande puissance sur la scène mondiale. Il a fallu à peu près le même laps de temps à la Russie pour émerger de nouveau après l'effondrement de l'Union soviétique. C'est surtout le boom du prix des matières premières, telles que le pétrole et le gaz, que la Russie possède en abondance qui lui a permis de faire sa réapparition. Malgré l'évolution en dents de scie de l'économie internationale, la demande de ces matières premières continuera à être une source de force pour la Russie. En même temps, la nouvelle Russie est confrontée à de grands défis intérieurs et extérieurs qui n'existaient pas (ou du moins pas à ce degré) auparavant. Son avenir dépend de la manière dont elle parviendra à y faire face.Ses relations avec l'Islam, à la fois sur le front intérieur et en politique étrangère, sont l'un des principaux défis auxquels est confrontée la Russie. Il serait certainement excessif de dire que cela a échappé aux dirigeants russes et à l'opinion publique, mais ils n'ont pas pris la pleine mesure du sujet. Les raisons n'ont rien de mystérieux : elles viennent de la croyance profondément enracinée que l'Amérique et l'Occident en général constituent le principal péril pour la Russie, que ce soit dans le passé, dans le présent ou dans l'avenir proche.En fait, la Russie et l'Occident partagent certains intérêts communs au Proche-Orient et au monde musulman en général. Mais prendre conscience de cette vérité va à l'encontre de la nouvelle doctrine élaborée par la Russie ces dernières années, selon laquelle les pays musulmans sont ses alliés naturels dans la confrontation inévitable et perpétuelle avec l'Occident. Ce débat actuel, largement ignoré dans les capitales occidentales, constitue le sujet de cet article, paru en anglais dans Middle East Papers. Middle East Strategy at Harvard, le 1er novembre 2009, sous le titre « Russia's Muslim Strategy ».

W. L.

Résistance, littérature, négligenceLa rencontre de la Russie avec l'Islam s'est produite il y a de nombreux siècles. Dans certaines parties de la Russie, l'islam est apparu avant le christianisme. De même que l'Europe a subi la pression de l'Empire ottoman pendant des siècles, la Russie...

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