La question du « suicide de travail »

François Vatin

N° 134 Été 2011

Article


À l'automne 2009, les médias ont dénoncé une « épidémie » de « suicides de travail », notamment à France-Télécom. Rien, dans les données statistiques disponibles, ne semble confirmer cette thèse. La notion même de « suicide de travail » apparaît aporétique, car il est impossible d'identifier de façon univoque les causes de chaque suicide. Le sociologue cherche seulement à repérer des conditions statistiquement suicidogènes par la mise en évidence de corrélations avec la prévalence du suicide. Or, le taux de suicide étant notablement plus élevé chez les chômeurs et les inactifs, on peut dire que le travail salarié « protège » du suicide. De plus, si le taux de suicide s'est accru en France, du milieu des années 1970 au milieu des années 1980, il a sensiblement diminué depuis, mis à part pendant la crise de 1992-1993. Si rien ne valide l'idée que les formes contemporaines d'organisation du travail seraient suicidogènes, la suicidité liée aux crises économiques et au chômage qui s'ensuit, mise en évidence en 1930 par Maurice Halbwachs, est ainsi confirmée sur la période récente.

F. V.

Pour Jean-Paul B., qui a tiré sa révérence en août 2009.Le suicide est toujours un événement douloureux. Le choix d'un individu de se donner la mort n'exprime pas seulement une souffrance individuelle. Il marque l'incapacité de la société à fournir à l'un de ses...

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