La première grande réforme de l'université de Paris (5 juin 1366)

Jacques Verger

N° 141 Printemps 2013

Article


Quand nous avons interrogé nos lecteurs sur l'intérêt qu'ils portaient aux différentes rubriques de la revue, ils nous ont dit que la série « L'idée d'Université », dans laquelle cinquante-six articles ont déjà été publiés, n'avait pas leur préférence. Accordons que ces articles sont parfois austères. Ajoutons que l'on n'accorde pas assez d'importance en France aux problèmes universitaires et scientifiques. Si la position relative de notre pays en ce domaine s'est détériorée depuis un siècle, c'est parce que la France n'a pas su se doter, comme les Allemands l'avaient fait au xixe siècle ou comme l'Amérique l'a fait au xxe siècle, d'une organisation universitaire efficace. Notons que ni l'Allemagne ni les États-Unis n'ont jamais bénéficié d'un ministre chargé de l'Enseignement supérieur. Ce n'est ni le manque d'hommes de talents ni le manque de moyens qui expliquent les échecs français comparés aux succès allemands ou américains. C'est l'incapacité politique de créer un système efficace. Ce que d'ailleurs Cournot, Renan, Taine, Pasteur avaient pressenti en leur temps. Et cet échec politique est la conséquence d'une réflexion insuffisante sur les universités et sur la science. C'est la raison pour laquelle nous maintenons cette rubrique, même si elle n'est pas la plus recherchée dans cette revue. Nous le faisons par devoir civique à l'égard de l'idée d'Université.

Dans ce numéro, nous avons retenu trois articles. Deux reproduisent des textes d'hommes politiques concernés par l'Université – ils sont très rares en France – et proches l'un de l'autre par leur indépendance et leur rigueur : il s'agit de Raymond Barre et de Pierre Mendès France. Le troisième nous fait remonter au xive siècle. Jacques Verger explique la première réformation de l'université de Paris. À la fin du xiiie siècle, en effet, il n'y avait qu'une université à Paris et elle était la plus célèbre et la plus prospère d'Europe.

COMMENTAIRE

 

Universitas semper reformanda. Même les universités d'Ancien Régime, souvent perçues comme synonymes d'immobilisme et de conservatisme, ont connu de multiples « réformations ». Celle de Paris, née en 1215 d'une première « réforme » des écoles antérieures, a fait l'objet de réorganisations plus ou moins complètes en 1366, 1452, 1579, 1598, 1679. Au siècle des Lumières, les ultimes projets de réforme resteront cependant lettre morte, rendant inéluctables la suppression des universités par la Révolution et leur refondation napoléonienne, elle-même suivie par une nouvelle succession de réformes (1896, 1968, 1984, 2007). On présentera ici la première de cette longue série de réformes, dont quelques échos font encore sens aujourd'hui.

J. V.

Le 5 juin 1366 fut publié, sous la forme d'une lettre adressée à l'université de Paris, depuis Avignon, par deux cardinaux, Jean de Blauzac et Gilles Aycelin de Montaigut, le texte d'une réforme générale de l'université1. Depuis la naissance de celle-ci au début du xiiie...

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