La politique française et la fourmi de Langton

Jean-Éric Schoettl

N° 158 Été 2017

Article


J'écris ces lignes la veille du second tour des présidentielles. Mercredi dernier, le débat télévisé opposait deux candidats dont l'un incarnait le mal aux yeux de l'autre (et des électeurs de l'autre). La scène étant par construction manichéenne, l'invective était consternante, mais attendue ; le pugilat programmé, pour lamentable qu'il fût. Il aurait été moins convenable encore que la confrontation fût convenable, car, alors, le FN se voyait banalisé. Nous voici aux antipodes de la démocratie assagie dont rêvaient les Lumières. D'un côté, un enfant prodige du juste milieu, doté de pouvoirs de persuasion quasi hypnotiques et (sous réserve de quelques projets hasardeux, notamment en matière fiscale) plein de vues tempérées et d'orientations consensuelles, entraînant une gauche moderniste vers un centre qui embrasse partout, tout en ayant du mal à étreindre quelque part. De l'autre, l'héritière dynastique d'une droite qu'on dit extrême (et qui l'est en effet, extrême, par son projet socio-économique ébouriffant), mais qui, à en juger par ses meetings (qui ressemblent plus à la kermesse d'une amicale bouliste qu'à une réunion de Chemises brunes), ne fait renaître le péril fasciste que pour qui tient furieusement à sonner le tocsin. Comment en sommes-nous arrivés là ? On pressent une pluralité de causes.

J.-É. S.

Les causes Des causes circonstancielles d'abord : facéties d'un mode de scrutin éclaboussant des voix autour des seuils fatidiques qui déterminent l'accès au second tour ; affaire Fillon qui, en aggravant le grief d'austérité du programme par l'accusation de manque de désintéressement personnel, trouble assez d'électeurs...

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