La guerre jugée par la philosophie, la philosophie jugée par la guerre. Les deux épreuves du XXe siècle

Frédéric Worms

N° 140 Hiver 2012

Article


Une chose paraît s'imposer, pour traiter du rapport entre guerre et philosophie au xxe siècle, c'est de partir d'un épisode crucial qui eut lieu dans cette période que l'on appelle avec raison, rétrospectivement, l'entre-deux-guerres. Mais, s'il faut le faire, ce n'est pas pour la raison que l'on croit. Ce n'est pas seulement, autrement dit, parce que chacune de ces deux guerres mondiales fut une épreuve extrême pour la philosophie en général. Elles furent bien, chacune, une telle épreuve. Mais elles ne le furent pas de la même façon : elles le furent en réalité d'une manière profondément différente, voire opposée, pour une « philosophie » elle-même transformée entre-temps, entre ces deux « moments ». Tout se passe donc comme si la différence qui sépare les deux guerres se creusait aussi, irréversiblement, entre deux moments de la philosophie, et comme si la relation entre guerre et philosophie n'était pas seulement une épreuve de vérité extrême, mais immuable, pour l'une et pour l'autre, mais un révélateur mutuel (et peut-être cruel) de transformations cruciales, dans la pensée comme dans l'histoire.

F. W.

Le tournant de l'entre-deux-guerresQuel fut donc cet épisode central dans cette période centrale, d'où l'on pourrait ainsi repartir, pour prendre la mesure d'une telle épreuve1 ? Nous le situerons pour notre part entre deux dates et entre deux livres, entre 1929 et 1932, et dans...

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