La critique est vendue dans sa globalité.

En achetant cet article, vous aurez accès à tous les articles "Critique" du numéro 137

La grande rupture

Thérèse Delpech

N° 137 Printemps 2012

Critique


Livre référencé : Thérèse DELPECH : Freud, l'homme sans passé. (Grasset, 2012, 234 pages.)

C'est avec une grande tristesse que nous ouvrons la Critique par cet article. Thérèse Delpech nous a brutalement quittés le 18 janvier, sans que rien ait transparu de ses souffrances et de la maladie que ses plus proches nous ont dévoilées depuis. En décembre je l'ai souvent vue. Elle avait préparé pour Commentaire la publication et surveillé la traduction de l'article d'Andrei Piontkovski, le jeune intellectuel russe, dont elle trouvait le témoignage lucide et courageux. Puis il y avait eu le déjeuner amical autour de Jean-Louis Gergorin. Le 14 décembre, elle m'écrivait furieusement : « Je suis choquée d'apprendre que l'épreuve de culture générale a été supprimée du concours d'entrée de Sciences Po. Mes étudiants ne savent déjà pratiquement rien. L'exemple américain est une catastrophe. Comment cette décision a-t-elle été prise ? En réaction, j'annule le cours que je devais assumer au second semestre à l'école doctorale. » Il fallut la rassurer lorsqu'elle vint au bureau pour nous donner des bonnes feuilles de son livre. Celles que l'on va lire. Je partais le lendemain pour Rome. Elle me demanda : « Qu'allez-vous revisiter ? » Je lui répondis : « Sans doute le Moïse de Michel-Ange. Cela fait trois fois que je trouve l'église fermée ou le monument sous échafaudage. – Vous voulez donc comprendre, ajoute-t-elle, le commentaire de Freud à son propos ? » Et moi, dubitatif : plus soucieux de Michel-Ange que de Freud. « Alain Besançon m'a déjà fait remarquer, justement, je crois, que Michel-Ange ne pensait rien de Moïse et que ce Moïse curule tient plus de Jupiter que de la Bible. » « Je ne pense pas, il faut toujours s'en tenir à la Bible. Vous connaîtrez mon interprétation à votre retour », ajouta-t-elle de façon énigmatique en quittant la rue du Bac. À mon retour, j'ai trouvé son livre et j'ai appris en même temps la funeste nouvelle. Cette façon claire, nette, tranchante de partir est bien dans sa manière. Mais ce n'était pas nous quitter, au contraire. Elle reste avec nous, près de nous. La revue lui rendra hommage dans son prochain numéro.

J.-C. C.

C'est avec une grande tristesse que nous ouvrons la Critique par cet article. Thérèse Delpech nous a brutalement quittés le 18 janvier, sans que rien ait transparu de ses souffrances et de la maladie que ses plus proches nous ont dévoilées depuis. En décembre je l'ai souvent vue...

Pour lire la suite, achetez l'article