Ajouter au panier Acheter des crédits

La Corse dans la République

Wanda Mastor

N° 176 Hiver 2021

Article


La France est le pays le plus centralisé d'Europe. La seule démocratie où le personnage le plus considéré d'un département ou d'une région est un fonctionnaire de l'État nommé par le gouvernement et révocable par lui. Bonaparte, lecteur de Tite-Live, l'a nommé « préfet » et comptait sur lui pour lever l'impôt et assurer la conscription. De 1800 à 1870, le préfet a « organisé les élections », et, même après cette époque, il a parfois continué à les influencer (voir Anatole France) et même à les « organiser », en Algérie notamment. La République l'a doté d'un uniforme militaire, signe de majesté, et Patrick Devedjian avait remarqué qu'il est censé présider un nombre tel de commissions et d'organismes portant sur tant de sujets qu'il doit ajouter l'omniprésence à l'omniscience et à l'omnipotence. François Mitterrand et Gaston Defferre ont réduit ses pouvoirs. Mais, curieusement, Jacques Chirac réunissait tous les préfets à Paris pour lutter contre le chômage !De Charles de Gaulle à Emmanuel Macron, tous les présidents de la République ont souhaité décentraliser la France, et, comme on inscrit tout dans la Constitution, on y a écrit que la France était à la fois indivisible et décentralisée. Le mot de la fin revint à Valéry Giscard d'Estaing, peu de temps avant de disparaître, lequel considérait que « la France n'était pas une démocratie, mais une bureaucratie ». Il reste à démontrer qu'elle bénéficie de cet état de fait qu'aucun de ses voisins ne songe à imiter et dont tous les Français se plaignent.Wanda Mastor, professeure de droit public à l'université de Toulouse-Capitole, traite dans l'article qui suit de la Corse et de l'aspiration de cette région, de cette province (j'avoue éprouver de la difficulté devant le terme ridicule de « territoire »), à bénéficier pleinement d'une forme d'autonomie déjà attribuée par les législateurs. Ce qu'elle dit de la Corse vaut (insularité mise à part et toutes particularités admises) pour les autres régions, depuis la Bretagne, à laquelle on a mystérieusement arraché Nantes, jusqu'à la Savoie que l'on a partagée et accolée à l'Auvergne, avec un mépris du passé historique qui glace le sang. Emmanuel Macron souhaitait, en 2017, un « pacte girondin ». Qui ne pourrait se conclure que par la fin de l'État jacobin. Souhaitons qu'il y revienne pour le mettre en œuvre à partir de 2022.

J.-C. C.

Au lendemain des élections départementales et régionales des 20 et 27 juin 2021, les « analyses » et autres commentaires du taux d'abstention pleuvent en même temps que les propositions de remèdes à ce mal dé...

Pour lire la suite, achetez l'article : Ajouter au panier Acheter des crédits