La bataille électorale de 1981

Jérôme Jaffré

N° 136 Hiver 2011

Article


C'était un temps où la France n'avait pas connu de grande alternance politique depuis vingt-trois ans et où la gauche paraissait écartée pour toujours du pouvoir dans le cadre des institutions de la Ve République. C'était un temps où le parti communiste était une grande force politique qui comptait encore à la veille de 1981 pour 20 % des suffrages. C'était un temps où le Front national représentait tout au plus 1 % des voix et où Jean-Marie Le Pen ne parvenait pas à rassembler les 500 parrainages d'élus nécessaires pour être candidat à la présidentielle. C'était un temps où quatre grandes forces politiques de niveau à peu près égal se partageaient l'espace politique, le Parti socialiste (PS), le Parti communiste français (PCF), l'Union pour la démocratie française (UDF) et le Rassemblement pour la République (RPR). C'était un temps où la coupure gauche/droite était absolue, où la polarisation sociale était massive – 70 % des ouvriers votaient à gauche –, mais où chaque camp était profondément divisé en son sein contre la force montante ou la force dominante : les communistes contre les socialistes, les chiraquiens contre les giscardiens. C'était un temps où la politique suscitait encore l'espérance et le sentiment qu'elle rendait possible de changer la vie.C'est un temps à revisiter en examinant le jeu des forces, des stratégies et des projets des quatre principaux candidats à l'élection présidentielle de 1981.

J. J.

François Mitterrand : une victoire loin d'être acquiseLa victoire de François Mitterrand en 1981 vient de loin1. Elle s'inscrit dans le processus de refondation du Parti socialiste au congrès d'Épinay en 1971, poursuivi avec la réunification des socialistes aux Assises à l'automne 1974. Elle a une stratégie...

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