L'obséquiosité ambiante

Jean-François Revel

N° 141 Printemps 2013

Citation


Source: Jean-François Revel, L'Absolutisme inefficace ou contre le présidentialisme à la française, Plon


Le seul objet du congrès fut de départager les présidentiables ou se croyant tels : Fabius, Jospin, Rocard, Chevènement, peut-être même Poperen. Or une élection présidentielle venait juste d'avoir lieu ! Au sein de l'opposition, les ravages de la présidentialité, on le sait, ne sont pas bénins non plus, figeant sans jamais aucun dégel les antagonismes entre Chirac, Giscard, Barre, Léotard, Balladur et autres. Trop alléchante, l'omnipotence présidentielle obnubile donc celui qui en jouit autant que ceux qui la convoitent. L'obséquiosité ambiante qui entoure la puissance élyséenne ronge la lucidité du Président comme elle enivre à distance les présidentiables qui rêvent de la respirer tôt ou tard. Un gaz incapacitant, selon la définition du Robert1, est « une substance toxique non mortelle annihilant les moyens de résistance ». Au début des années trente, période du fascisme italien où s'étaient déjà amplifiés jusqu'au ridicule les flatteries et le culte de la personnalité dont il était l'objet, Mussolini donnait un jour audience, au Palais de Venise, à Rome, à un vieux général italien en fin de carrière et qui donc n'avait plus rien à espérer ni à perdre. Ce général d'esprit caustique rendait compte d'une mission que le dictateur lui avait confiée : il était allé représenter l'Italie à la Conférence internationale de Genève sur l'interdiction des gaz asphyxiants en cas de guerre. « En somme, de tous ces gaz, quel est le plus dangereux ? » questionna, bourru, le Duce. « L'encens, Excellence », répondit avec componction le général2. Quel haut fonctionnaire ou ministre, même proche de la retraite, oserait répliquer ainsi à un président de la République française ?
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