L'intellectualisme et la politique française

Alain Duhamel

N° 155 Automne 2016

Article


Les lecteurs de Commentaire trouveront ici de larges extraits du chapitre VII de mon prochain livre : Les Pathologies françaises, qui paraît cet automne chez Plon. Ce chapitre porte pour titre « L’intellectualisme ». En effet, la politique française se pique d’intellectualisme, c’est là son moindre défaut. Dans ce pays, le débat des idées ne se repose jamais et s’enflamme facilement. Les passions idéologiques imprègnent les esprits, enracinent les préjugés, envahissent l’espace politique, s’imposent dans les médias, bousculent les rentrées littéraires, s’invitent en permanence dans les séances parlementaires. Elles peuvent être inexactes, imprécises, démenties par les faits, devenir caduques ou même n’avoir jamais correspondu à la réalité. Peu importe : elles marquent, elles comptent, elles pèsent, elles enflamment. À Paris, l’éthique de conviction l’emporte toujours sur l’éthique de responsabilité. Je crois, donc je suis, c’est le mot d’ordre sous tous les régimes, sous toutes les majorités. Absolutisme monarchique ou dictature robespierriste, aventure impériale ou critique libérale, juste milieu ou insurrection populaire, république des ducs ou socialisme utopique, guesdisme, jauressisme, solidarisme, clémencisme, marxisme, conservatisme, pacifisme, vichysme, collaborationnisme, résistancialisme, gaullisme, communisme, mendésisme, européisme, antitotalitarisme, populisme, cléricalisme, social-démocratie, social-libéralisme, gauchisme, nationalisme, toutes les doctrines, toutes les idéologies, toutes les croyances, toutes les utopies, toutes les chimères, toutes les aventures s’affrontent, se combattent, se déchirent. En France, la lutte des idées domine la lutte des classes. Les fantasmes pèsent plus que les intérêts. La politique, si prosaïque, comporte néanmoins ici quelque chose de quasi religieux. Les certitudes balaient les faits, les controverses se moquent des savantes études. Les idées, les représentations, les mythologies règnent, pour le meilleur comme pour le pire, qu’elles soient justes ou fausses.
 
A. D.

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