L'identité de la Résistance et la nature du gaullisme : l'aveu de « l'affaire suisse »

Robert Belot

N° 132 Hiver 2010

Article


Au début de 1943, la Résistance intérieure décide de créer une « ambassade » clandestine en Suisse. Cette structure d'un genre nouveau est principalement chargée d'établir une communication entre la France captive et la Suisse (neutre), mais aussi, à l'intérieur de la Suisse, avec les Alliés, principalement les Américains, pour accéder au monde. Or, contre toute attente, cette heureuse opportunité va se transformer en drame.Ce qu'on a coutume d'appeler « l'affaire suisse » a été la crise la plus grave que la Résistance ait eu à connaître. Elle enraye le processus d'unification des organisations résistantes et de ralliement de celles-ci au gaullisme mis en œuvre par Jean Moulin. Elle brouille un peu plus les rapports entre de Gaulle et les Alliés, les Américains en particulier. À l'intérieur même de la Résistance, cette crise provoque des lésions et suscite des forces centrifuges. Plus rien ne sera comme avant après ce drame qui révèle la complexité de la France du refus.Cette page extraordinaire de la Résistance est longtemps restée dans l'ombre. Il a fallu attendre soixante-cinq ans pour qu'une étude, dont je suis l'un des coauteurs (Voir Robert Belot et Gilbert Karpman, L'Affaire suisse. La Résistance a-t-elle trahi de Gaulle ?, Armand Colin, 2008), lui soit consacrée ! Je voudrais revenir sur cette « affaire suisse » pour montrer son importance et expliquer pourquoi elle continue à faire l'objet de polémiques.

R. B.

On a réduit l'enjeu de cette affaire à un affrontement personnel entre Henri Frenay (1905-1988), fondateur du mouvement Combat, et Jean Moulin (1899-1943), l'homme que le chef de la France libre désigna pour être « l'unificateur de la Résistance ». Moulin accuse Frenay de « trahir » le général...

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