L'autodestruction du politique, 1968-2018

Giovanni Orsina

N° 166 Été 2019

Article


Il est désormais évident que la démocratie traverse une grave période de crise. La très forte progression des partis que nous appelons « populistes » – en l'absence d'adjectifs plus précis – est indéniablement liée à cette crise. Elle n'en est cependant pas une cause, mais une conséquence ou plutôt le symptôme le plus évident d'une maladie bien plus profonde. On cherche souvent les origines de ce mal dans la globalisation, qui a affaibli la capacité des États-nations – à l'intérieur des frontières desquels la démocratie s'est développée historiquement – à protéger leurs citoyens. Ou bien dans le développement rapide des technologies de la communication, qui ont mis sous pression les mécanismes de la représentation et de la décision politique, aux rythmes compassés. Ou encore dans la grande récession de 2007. Sans nier que ces trois phénomènes – l'intégration mondiale, l'avènement d'Internet et la dépression économique – aient eu un impact politique considérable, j'examinerai plutôt ici les causes de la crise démocratique ancrées à l'intérieur même de la démocratie.

G. O.

La thèse que je vais tâcher de démontrer est simple1 : à partir des années 1960, on voit s'affirmer dans les opinions publiques européennes un puissant mouvement de rejet des limites à l'intérieur desquelles la démocratie a été circonscrite au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Au début, ce...

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