L'apport de Rome à la formation des peuples européens

Bruno Dumézil

N° 136 Hiver 2011

Article


La période qui s'étend entre le ve et le viie siècle est un moment de l'Histoire qui cherche son nom. Les Français la désignent généralement sous l'expression de « Grandes Invasions ». Nos voisins allemands préfèrent plutôt le terme de Völkerwanderungszeit (« époque des migrations de peuples »). Mais il ne s'agit là que de deux points de vue sur un même phénomène : plus qu'à tout autre moment dans l'histoire européenne, des populations entières semblent se déplacer, bousculer les nations sédentaires pour finir par fonder de nouveaux royaumes. Derrière cette vision se trouve l'image romantique de la horde primitive déferlant du nord vers le sud et de l'est vers l'ouest : les peuples issus de Germanie auraient vaincu la civilisation méditerranéenne, confinant la culture latine à un usage d'intellectuel ou de clerc.Les historiens médiévistes ne croient plus aujourd'hui à cette vision nationaliste des débuts de l'histoire européenne. Les peuples dits « germaniques » étaient largement acculturés avant l'époque des conquêtes et la victoire des Barbares ne fut qu'apparente. En termes de civilisation, c'est-à-dire en termes de culture dominante, Rome seule l'emporta et projeta son ombre immense sur le Moyen Âge occidental. L'idée peut assurément surprendre. Pour justifier cette révolution copernicienne, mieux vaut commencer par dresser le portrait de ces Barbares fondateurs de l'Europe du Haut Moyen Âge.

B. D.

Un instantané de l'élite barbare : le chef « franc » de Saint-DizierL'une des images les plus stimulantes de l'aristocratie franque du début du vie siècle nous vient d'une découverte majeure, effectuée en 2002 par une équipe de l'INRAP dirigée par l'archéologue Marie-Cécile Truc. Au...

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