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L'angoisse dans le christianisme

Du temps de la Réforme protestante et catholique

Alain Besançon

N° 175 Automne 2021

Article


J'avais dû entrer en urgence dans un hôpital, et je n'avais eu le temps d'y emporter que le premier livre qui tomba sous ma main. Par chance, c'était l'édition des Pensées de Pascal procurée par Francis Kaplan et éditée par lui1.La maladie était sérieuse et les soins fort douloureux. La forme hachée des Pensées convenait merveilleusement à mon état, parce que je n'étais pas capable à ce moment de lire des textes de longue étendue. J'avais cependant suffisamment de conscience pour admirer cette édition. C'est désormais la seule que je pratique. J'appréciais l'édition Brunschvicg, dans laquelle j'avais découvert Pascal, qui avait le mérite de proposer un ordre intelligible et de reconnaître ouvertement, honnêtement qu'il est arbitraire. Je n'avais jamais pu me servir des éditions du type Lafuma, qui se résignent à présenter en vrac la moitié des pensées, et qui forcent l'autre moitié à se ranger dans un cadre dont rien n'a jamais réussi à me persuader qu'il pouvait être l'ordre auquel avait songé Pascal.

Ne possédant malheureusement aucune compétence en la matière, et ne me fiant qu'à ma simple intuition, je suis entré avec la plus grande facilité dans les raisons de Francis Kaplan dans la préface de son édition, qui prouvent que l'ordre qu'il a choisi pour l'essentiel des Pensées avait été indiqué par Pascal lui-même et cela tout simplement dans les Pensées qu'il suffisait de lire correctement et directement, sans préjugés, sans s'embarrasser de Filleau de La Chaise et autres témoins tout aussi incertains.Encore une fois, je n'ai pas les moyens d'entrer sérieusement dans la controverse, mais la meilleure raison que j'aie pour faire crédit à l'édition Kaplan est que les Pensées s'y lisent avec le plaisir que donne un roman dont l'intrigue est suivie et la lecture passionnante. Ce qui convenait parfaitement à ma situation de pauvre gisant d'hôpital, ligoté par de nombreux tuyaux à des machines diverses. Ma reconnaissance à Francis Kaplan est du corps autant que d'esprit. Il m'a donné un « bon usage des maladies » bien meilleur à mon gré que celui, un peu effrayant, que propose Pascal dans son opuscule. Il m'a procuré un « divertissement » délicieux, celui dont j'avais alors le plus besoin.

J'ai peu d'affinité religieuse avec Pascal. Je soutiens que Montaigne est un chrétien d'orthodoxie plus sûre, plus traditionnelle, plus féconde. Mais ce n'est pas le lieu d'ouvrir une discussion sur ce sujet litigieux. En écrivant le texte qui va suivre, j'ai voulu offrir à Francis Kaplan une réflexion d'historien née sur mon lit en le lisant. Elle porte sur le traitement de l'angoisse dans le christianisme du temps de la Réforme protestante et catholique, et en particulier sur la forme d'angoisse que suscitait le jansénisme et qui pesait si lourd sur la relation de Pascal à son Dieu.

Ce texte dédié à Francis Kaplan (1927-2018) a d'abord paru dans une publication savante destinée aux philosophes et aux théologiens (Revue des sciences philosophiques et théologiques, tome 93, 2009). En souvenir de mon ami Kaplan, je suis heureux de le proposer aux nombreux lecteurs de Commentaire qui tous me sont chers.

 

A. B.

En Europe occidentale L'angoisse est de tous les temps et de tous les hommes. Les plus vieux textes en portent témoignage. Il y a lieu de penser qu'elle est plus présente, plus aiguë en certaines zones, en certaines civilisations. Je n'en vois...

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