L'aléa moral

Jacques (de) Larosière

N° 134 Été 2011

Article


L'origine et la définition de l'expression – assez énigmatique – d'aléa moral (ou de « hasard moral » selon l'anglais, moral hazard) méritent une explication.Ce concept a pris naissance dans le monde des assureurs qui ont cherché à savoir si les comportements (moral behaviour) de leurs clients pouvaient être influencés par l'existence de contrats les protégeant contre divers types de risques.Serait-il possible que certains assurés se montrent moins prudents, voire prennent délibérément des risques auxquels ils ne se seraient pas normalement exposés sans assurance ? Une telle déviation de comportement se manifeste-t-elle effectivement ? Dans l'affirmative, peut-elle revêtir une importance significative ?Cette notion d'aléa moral peut avoir une portée plus générale. Si les individus sont persuadés que les pouvoirs publics interviendront toujours pour les protéger en cas de péril, certains d'entre eux (ou nombre d'entre eux) peuvent être tentés de relâcher leur prudence naturelle. Si l'État a tendance – comme c'est de plus en plus le cas – à intervenir systématiquement, notamment en vertu du principe de précaution, on conçoit, par exemple, que certains assurés sociaux puissent se montrer moins stricts quant à leurs règles d'hygiène.Or, le coût pour la collectivité de tels comportements peut s'avérer très lourd. Mais c'est dans le domaine financier que l'aléa moral a pris, avec la crise actuelle, une dimension spectaculaire. C'est cet aspect de la question que j'aborderai ici.

J. D. L.

J'articulerai mes commentaires autour de trois axes : les fondements théoriques du concept d'aléa moral ; les changements intervenus depuis vingt ans dans le monde financier et comment ils ont favorisé l'aléa moral ; la dimension extraordinaire du phénomène actuel et les mesures nécessaires pour contenir, voire tenir en échec...

Pour lire la suite, achetez l'article