Jean Sérisé (1919-2019)

François Bayrou

N° 167 Automne 2019

Article


Jean Sérisé nous a quittés le 4 mai. « Ce type parfait du Français », comme disait de lui François Furet, comptait beaucoup pour la revue et pour moi. Nous nous étions connus à la commission de réforme de l'ENA de 1971 que présidait François Bloch-Lainé, où nous nous amusions ensemble de ces élèves qui avaient pris Robespierre pour totem et qui voulaient supprimer les grands corps. Nous ne nous sommes pas quittés depuis. Il admirait Raymond Aron et conseillait Valéry Giscard d'Estaing. Il a assisté à la création de la revue et l'a encouragée, il y a souvent contribué et il la lisait attentivement. Il a publié ses livres chez Bernard de Fallois. Ses souvenirs d'abord en 1999, si joliment titrés : Mémoire d'un autre, puis un Requiem pour la planète bleue, en 2011, où il fait alterner politique, morale et science au nom d'un scepticisme tendre et ironique, enfin en 2015 son dernier essai : La France n'est pas seule au monde ou l'apprentissage de la réalité, dans lequel il offre une analyse profonde de la politique française. Il appartenait au tiers parti, celui du centrisme philosophique, celui où l'on peut être à la fois de droite et de gauche. Il était parfaitement désintéressé et il a servi son pays, en guerre comme en paix. Nous le pleurons fraternellement.Autour de sa famille, auprès de lui, le 10 mai, quelques amis et compagnons se sont retrouvés pour le saluer une dernière fois. François Bayrou qui était son ami et son compatriote béarnais a prononcé les paroles qui suivent dans lesquelles les anciens le reconnaîtront et grâce auxquelles les plus jeunes l'admireront.

J.-C. C.

Cher Jean, Au commencement de cette évocation, il me faut avouer que nous avons un différend philosophique. Vous êtes éminemment rationnel et scientifique. Et pourtant vous croyez, vous, que l'homme est le fruit du plus inattendu des hasards. Et je crois, moi, qu'il n'y a pas de...

Pour lire la suite, achetez l'article