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Islamophobie et science politique

Constantin Languille

N° 154 Été 2016

Chroniques


Le concept d’islamophobie est l’objet d’une controverse. Pour ses promoteurs, il décrit la situation des Français musulmans, victimes de dénigrement : dès qu’ils pratiquent leur religion – en portant le voile, en suivant le ramadan ou en consommant halal –, ils sont accusés de dériver vers le communautarisme et de refuser de s’intégrer. Pour ses détracteurs, ce terme est un instrument de censure et d’intimidation : en assimilant la critique de l’islam au racisme, il étouffe toute parole libre, notamment sur la question de la place des femmes dans l’islam, ce qui est grave dans une période où cette religion est traversée par un vigoureux mouvement d’affirmation, dont témoigne le succès du salafisme.

Cette controverse est d’abord factuelle et porte sur la description adéquate des événements qui affectent la société française. Par exemple, l’interdiction du foulard dans les établissements scolaires en 2004 révèle-t-elle un sentiment islamophobe répandu ou témoigne-t-elle de la vitalité de la République, capable de se mobiliser pour défendre ses valeurs ? Au-delà, il semble que cette dispute ait des origines théoriques : les combattants ne peuvent s’entendre parce qu’ils ne partagent pas la même manière de se rapporter au monde. L’islamophobie est promue par des sociologues, qui insistent sur la nécessité de rompre avec le sens commun, tandis que ses détracteurs opposent l’évidence de l’inquiétante croissance de l’islamisme. Cette controverse résulte de visions différentes de la science politique.

Nous discuterons l’ouvrage publié en 2013 par deux sociologues, Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed, intitulé Islamophobie, comment les élites françaises fabriquent le « problème musulman » (1). Comme l’indique l’introduction, l’intention des auteurs est d...

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