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In memoriam Simon Leys (1935-2014): Un homme merveilleux et sensible

Lucien BIANCO

N° 150 Été 2015

Article


« Mieux que l'approbation de la foule : l'indignation d'un seul honnête homme. »

Sima Quian (149-90 av. J.-C.), Mémoire du grand historien, chap. 68.

Souvent cité par Simon Leys

 

Nous avions annoncé dans notre numéro 148 que nous dresserions un tombeau pour Simon Leys. Voici les textes que nous avons réunis et qui s'ajoutent à ceux que nous avons déjà publiés (in « Pierres d'attente », n˚ 148, p. 870 à 878). Ils émanent de sinologues qui l'ont connu et admiré et de politiques ou de philosophes que son œuvre a impressionnés. La diversité des hommages rendus témoigne de la singularité exceptionnelle de Simon Leys : il fut à la fois un grand savant, un écrivain inspiré, un observateur lucide, un polémiste redouté, un moraliste profond, un homme digne et courageux.Il admirait Orwell (voir son article : « Orwell intime » dans Commentaire, n˚ 134, été 2011) et c'est à Orwell qu'il faut le comparer, l'égaler même, non seulement pour tous ses riches talents mais aussi pour son indépassable amour de la liberté appuyé sur son humanité, son respect pour la dignité des hommes. L'érudit, l'artiste qu'il était s'est transformé en critique du totalitarisme maoïste, Pierre Ryckmans est devenu Simon Leys pour défendre la Chine et les Chinois qu'il aimait. L'horreur qu'il éprouvait à l'égard des maoïstes d'Occident traduisait son mépris pour ceux non pas qui ne savaient pas voir mais qui ne voulaient pas voir et qui ne compatissaient pas avec les plus humbles que la tyrannie affamait, opprimait, torturait et massacrait. C'est ainsi qu'il est apparu avec ses premiers livres, frappant d'un coup décisif le parti dévot, les tartuffes d'Occident, comme Orwell l'avait fait avec Animal Farm.Comme pour Orwell, les dévots français ont ignoré ou calomnié. Nous devons nous souvenir que pendant les années 1970 les coteries universitaires de notre pays, la plupart de nos prétendus sinologues ont empêché, malgré les efforts de Raymond Aron, de François Furet et de quelques autres, son installation dans l'Université française, alors que ce Belge, éduqué à Louvain, l'aurait tant honorée, car savant universel il était d'une parfaite culture française, admirateur de nos grands écrivains, lui-même artiste, nouvelliste, critique hors pair dans notre langue. À sa mort, Le Monde et Libération ont fait amende honorable, il était temps ! Philippe Sollers un peu honteux de sa maolâtrie les avait précédés, mais le concert de louanges qui s'est élevé dans le meilleur de la presse internationale, dans la New York Review of Books, dans The Economist, par exemple, montrait bien que Simon Leys s'était partout imposé comme l'un des grands esprits de notre époque.J'ajouterai qu'il fut un ami constant de cette revue à laquelle il a donné beaucoup d'articles (voir le tableau de la p. 362) et qu'il a abreuvée de citations. Pour nous les faxer de la lointaine Australie il les calligraphiait de son écriture incomparable. Dans ces citations des grands auteurs qu'il affectionnait et qu'il aimait répandre, on retrouvait à la fois la consolation qu'il éprouvait à admirer et le souci qu'il avait d'élever ses interlocuteurs. Que les pages qui suivent lui gagnent de jeunes et nouveaux lecteurs, et que ceux qui l'ont déjà lu et apprécié mesurent encore combien sa mémoire doit être conservée et son œuvre consacrée.

J.-C. C.

Lucien BIANCO, Un homme merveilleux et sensible C'est à Ombres chinoises que je dois d'avoir fait la connaissance de Simon Leys. En novembre 1974, la lecture du livre m'enthousiasme au point que je lui exprime aussitôt mon admiration et joins à ma lettre des articles...

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