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In memoriam Simon Leys (1935-2014) : Orwell en sentences

Gil Delannoi

N° 148 Hiver 2014

Article


Simon Leys est disparu à l'aube du 11 août à Sydney en Australie, à la suite d'une longue maladie. Une messe a été célébrée à sa demande le 15 août, jour de l'Assomption. Ses cendres ont été dispersées dans la baie de Sydney le 28 septembre, jour de son 79e anniversaire C'est une immense perte pour ceux qui aiment la littérature désintéressée, pour les connaisseurs de la Chine et de sa civilisation, pour les amoureux des îles et de la mer, pour les nostalgiques de la langue française et pour ceux qui appartiennent au camp de la liberté. C'est aussi une perte douloureuse pour notre revue dont il était l'ami.Pierre Ryckmans, de son nom à l'état civil, était né à Uccle le 28 septembre 1935, issu d'une grande famille belge d'hommes politiques et d'universitaires. Il fit à Louvain des études de droit et d'histoire de l'art, puis, après un voyage en Chine en 1955, il se consacra à l'étude du chinois et de la civilisation chinoise. Il approfondit ses connaissances par un long séjour à Taïwan où il se maria avec Hanfang et où il prépara sa thèse sur Shitao, un lettré du xviie siècle. Il séjourna à Singapour et à Hong-Kong et il fut un temps attaché culturel à l'ambassade de Belgique à Pékin. C'est ce qui le conduisit dans son premier livre politique (Les Habits neufs du Président Mao, Champ libre, 1971, dernière édition : Ivrea, 2008) à utiliser le pseudonyme de Simon Leys, tiré d'un roman de Victor Segalen.Jean-François Revel et Georges Liébert ont réuni dans un gros volume ses Essais sur la Chine (Robert Laffont, « Bouquins », Laffont, 1998). Il avait demandé que sur la couverture du livre figure, en caractères chinois et en français, une citation du poète Lu Xun (1933). La voici :Le Monde du 12 août 2014, sous la plume de Thomas Wieder – grâce lui en soit rendue – a bien voulu reconnaître que dans les années soixante-dix, quand la maolâtrie régnait en France, beaucoup de ceux qui sont « épris de progrès » avaient médit de Simon leys et de ses écrits sur la Chine, et qu'il fallait aujourd'hui reconnaître qu'il avait eu raison.Nous reviendrons sur sa personnalité, sur ses œuvres, sur l'accueil qui lui fut fait en France, nous dirons ce qui lui est dû et ce que nous lui devons. Nous publierons dans notre prochain numéro un long article de François Sureau. En attendant, voici quelques pierres d'attente au tombeau que nous lui dresserons : un article de René Viénet qui fut son ami, un éloge prononcé pour un prix qu'il reçut, des souvenirs qu'égrène Pierre Boncenne, son biographe, et une chinoiserie que Gilles Delannoi esquisse en souvenir de l'admiration que Simon Leys portait à George Orwell.Que sa femme et ses quatre enfants veuillent bien trouver ici les signes de la peine que nous partageons avec eux.

J.-C. C.

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