En achetant cet article, vous aurez accès à tous les articles "Enquête" du numéro 134

Henri Mercillon (1926-2011): Un passeur exemplaire

Pierre Rosenberg

N° 134 Été 2011

Article


Quand, jeune assistant je suis arrivé, à la faculté de droit de Dijon, j'y ai été accueilli par Jean Domarchi et Henri Mercillon. Domarchi était le plus ancien des professeurs, Henri le plus jeune. Ils étaient économistes dans une institution où le droit dominait, la vedette était Edgar Faure qui enseignait les Pandectes entre deux trains. Domarchi fréquentait les Cahiers du cinéma (on le voit apparaître dans des films de la Nouvelle Vague) et ne s'intéressait plus à l'économie. Comme il avait rencontré Keynes, il se bornait à y renvoyer. Il écrivait aussi dans Les Temps modernes, il avait connu Aron et s'amusait du marxisme de Sartre. Il faisait lire à ses étudiants d'énormes livres d'histoire romaine, mais sa vraie passion était le jeu : il passait ses nuits dans un célèbre cercle des Champs-Elysées, dont le patron, Corse comme lui, disait : « Il joue trop pour un professeur. » Intelligent et pittoresque, il stimulait ses interlocuteurs et fascinait les étudiants. Henri Mercillon était le contraire de Domarchi. Tout aussi intelligent et encore plus stimulant, il menait une vie ordonnée et il aimait son métier. Élève d'Henri Guitton (le frère de Jean Guitton), il était favorable aux techniques modernes de l'économie (il jouera par la suite un grand rôle dans le développement de l'enseignement de la gestion). Il était allé aux États-Unis, voyage rare dans sa génération, et avait écrit un des premiers livres sur l'économie du cinéma (Cinéma et monopoles, Armand Colin, 1953) qui fut traduit en plusieurs langues et qui appliquait l'analyse des marchés à une industrie complexe et spécifique. Il fut élu à la faculté de droit de Paris en 1967 et assista donc, en 1968, au démembrement de la vieille maison. Comme tous les agrégés des facultés de droit de sa génération, il en garda la nostalgie et supporta mal l'intrusion du bavardage et de la démagogie dans les conseils universitaires. Il connaissait les États-Unis et l'Allemagne, le désordre français le peinait. L'absurde découpage des universités parisiennes, en 1970, ne le découragea pas et il dirigea l'enseignement de la gestion à l'université de Paris-I. Ses talents de professeur, l'étendue de ses compétences, son dynamisme, son sens de l'organisation lui firent faire des miracles. On ne dira jamais assez ce que des hommes comme lui firent pour les étudiants et pour l'université alors que des politiques incompétents y jetaient le trouble. Il devint le grand spécialiste de l'économie des médias. Son énergie, son travail, ses cours, ses articles le consolèrent de l'anémie universitaire. Il était aussi un grand connaisseur et un grand amateur d'art. Les articles qui suivent, de Pierre Rosenberg et de Pierre Grégory, qui l'ont bien connu, le diront mieux que moi. Et dans ce domaine et dans beaucoup d'autres, il accompagna et aida Commentaire dès sa naissance, par ses articles, ses conseils, sa généreuse amitié. Quand il n'assista plus, du fait de sa maladie, au déjeuner mensuel de notre comité, nous sentîmes immédiatement combien il nous manquait et nous espérions son retour pour ses analyses profondes de la presse, des musées, des expositions, pour sa sévérité face aux misères de la politique et des universités, pour son amour des œuvres d'art, pour sa connaissance des pays d'Europe. Il nous a quittés le 9 février 2011 et nous portons notre peine sans espoir, mais à son épouse, sa fille, son fils, son gendre nous redisons combien, à Commentaire, nous l'aimions et l'admirions.

J.-C. C.

Pierre ROSENBERG, Un passeur exemplaire Ce fut sa mère qui lui donna le goût de l'art, le goût des arts et comment aurait-il pu en être autrement dans un pays qui n'enseigne pas l'histoire de l'art ? Henri...

Pour lire la suite, achetez l'article