Guerre sociale et Klassenkampf, Union sacrée et Burgfriede

Georges-Henri Soutou

N° 148 Hiver 2014

Article


Socialiste anarchisant et pacifiste, Gustave Hervé avait fondé en 1906 un journal au titre évocateur : La Guerre sociale. L'un des plus éminents partisans de la grève générale en cas de guerre, il se rallia pourtant en 1914 à la Défense nationale, et son journal fut rebaptisé le 1er janvier 1916 La Victoire. La suite devait le mener très loin, aux lisières du fascisme. Son cas est extrême, mais non unique. La plupart des socialistes français embrassèrent eux aussi en 1914 la défense de la patrie en danger, comme leurs camarades allemands d'ailleurs.Or socialistes français et allemands avaient été les véritables fondateurs de l'internationalisme socialiste. Et ils avaient été les grands vainqueurs des dernières élections, en Allemagne en 1913, en France en 1914. D'autre part les partis socialistes, réunis depuis 1889 au sein de la IIe Internationale, formaient le premier grand mouvement politique à l'échelle européenne. Le parti français s'intitulait de façon caractéristique SFIO, Section française de l'Internationale ouvrière. Les congrès de la IIe Internationale, réunis tous les trois ans, se penchaient en particulier sur le problème du maintien de la paix et prenaient position contre le « militarisme » et la guerre, considérée comme conséquence inéluctable du capitalisme.

G.-H. S.

Le Congrès de Bâle de 1913 décida qu'en cas de conflit la classe ouvrière réagirait par la grève générale. Mais en fait, comme la suite le montrera, cette position théorique ne résista pas à l'engagement patriotique des différents partis socialistes nationaux. L'obsession des problèmes économiques et sociaux...

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