François Furet et l'énigme révolutionnaire

Yann Fauchois

N° 164 Hiver 2018

Article


Le 16 mai 1858, alors qu'il travaillait à la suite de L'Ancien Régime et la Révolution, Alexis de Tocqueville écrivait à Louis de Kergolay : « Indépendamment de tout ce qui s'explique dans la Révolution française, il y a quelque chose dans son esprit et dans ses actes d'inexpliqué. Je sens où est l'objet inconnu, mais j'ai beau faire, je ne puis lever le voile qui le couvre. Je le tâte comme à travers un corps étranger qui m'empêche soit de le bien toucher, soit de le voir. » S'il existe dans l'œuvre de Tocqueville un hiatus entre son analyse de la France de Louis XVI et ses réflexions sur la période suivant l'avènement de Bonaparte, ce n'est peut-être pas seulement parce que la mort interrompit ses travaux. Mais aussi parce que, tout à son examen des conséquences du mouvement vers l'égalisation des conditions et du développement de la démocratie et tout à son interprétation de la continuité de l'histoire politique et administrative de la France, Tocqueville s'est plus attaché à comprendre les causes et à dégager les résultats de la Révolution française qu'à examiner l'événement lui-même. Il a conceptualisé la continuité de l'histoire mais pas la rupture révolutionnaire. Il allait revenir à François Furet de reprendre le flambeau et de s'emparer de l'énigme révolutionnaire là où Tocqueville s'était interrompu pour élaborer une interprétation générale de la Révolution française. Furet va remplir la page laissée blanche par Tocqueville et proposer une histoire de la Révolution qui concilie la continuité et la cassure.

Y. F.

« Et depuis cent ans l'histoire de France est une énigme pour les Français. »Anatole FranceAnatoleFrance, L'Orme du mail (1897).Qui a eu le bonheur de connaître François Furet l'a entendu évoquer régulièrement le caractère énigmatique de la Révolution française, l'étrangeté de l'événement, de son surgissement...

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