En qui peut-on avoir confiance ?

Dominique Schnapper

N° 132 Hiver 2010

Article


En 1934, Marcel Mauss avançait au cours d’un débat organisé autour du livre de François Simiand La Monnaie, réalité sociale :

« Ce à quoi nous arrivons, vous et moi, c’est à l’importance de la notion d’attente, d’escompte de l’avenir, qui est précisément l’une des formes de la pensée collective. Nous sommes entre nous, en société, pour nous attendre entre nous à tel et tel résultat ; c’est cela la forme essentielle de la communauté. Les expressions : contrainte, force, autorité, nous avons pu les utiliser autrefois, et elles ont leur valeur, mais cette notion de l’attente collective est à mon avis l’une des notions fondamentales sur lesquelles nous devons travailler. Je ne connais pas d’autre notion génératrice de droit et d’économie : “Je m’attends”, c’est la définition même de tout acte de nature collective. […] Les infractions à ces attentes collectives, cela se mesure, par exemple les krachs en matière économique, les paniques, les sursauts sociaux, ainsi de suite. »

Difficile de dire mieux que, dans toute société, le fondement des échanges sociaux repose sur la confiance que les êtres humains s’accordent les uns aux autres, sur la confiance qu’ils manifestent à l’égard de leurs institutions, sur la confiance qu’ils ont ensemble dans l’avenir.

D. S.

Les enquêtes d'opinion montrent régulièrement que la confiance entre les membres d'une société varie dans le même sens que leur confiance envers les institutions. Dans sa critique du bolchevisme publiée en 1923, Marcel Mauss dénonçait le fait que ce nouveau régime aboutît à dissoudre ces « nombreux liens invisibles...

Pour lire la suite, achetez l'article