Éloge d'une thérapie de choc

Nicolas Baverez

N° 145 Printemps 2014

Article


Dans l'histoire de la politique économique française, il existe un exemple de thérapie de choc réussie : la réforme budgétaire et monétaire de décembre 1958. Elle avait été préparée par un comité d'experts, présidé par Jacques Rueff, qui comprenait sept membres, dont Jean-Marcel Jeanneney. Le ministre des Finances Antoine Pinay ne fut pas l'inspirateur de la réforme, mais il contribua à son succès par sa popularité. Dans l'administration, notamment aux Finances, les propositions du comité Rueff ne soulevèrent pas l'enthousiasme, on préférait à l'époque parler de « réformes de structure », excellent alibi à l'impuissance, plutôt que de réforme radicale. Celle-ci fut décidée par le général de Gaulle seul, éclairé par quelques membres de son cabinet. Le 27 décembre 1958, on annonçait une dévaluation de 17,5 %, la création du nouveau franc, la libération des échanges, la suppression de la plupart des subventions, une augmentation des impôts et la rigueur budgétaire. Ces mesures devaient permettre le redressement de l'économie et l'application du traité de Rome. Sans elles le Marché commun aurait été retardé ou empêché.Guy Mollet, secrétaire général du Parti socialiste, au côté d'Antoine Pinay, appartenait à ce gouvernement. Certes il ne se refusait à collaborer qu'« avec ceux qui ne sont pas républicains, c'est-à-dire les communistes », mais, malgré ses profondes convictions européennes et malgré le soutien qu'il avait apporté à l'élection du général de Gaulle à la présidence de la République le 5 décembre, il désapprouva la dévaluation et les réductions de dépenses publiques. Il retarda néanmoins sa démission et ne se retira du gouvernement, avec les autres ministres socialistes, que le 8 janvier 1959, quand le Général quitta l'hôtel Matignon pour l'Élysée. Ce fut la deuxième fois que le Parti socialiste manqua l'occasion de s'associer à une politique économique efficace. La première fois, ce fut en 1938, quand le gouvernement Daladier-Reynaud commença de réparer les erreurs de 1936.Nicolas Baverez, dans les pages qui suivent, tire les enseignements du redressement de 1958. Son article fait suite à l'intervention qu'il a prononcée lors du colloque « Retour sur le plan de redressement de 1958 » organisé par la Fondation Charles de Gaulle, le 21 octobre 2013.Signalons à nos lecteurs l'ouvrage que vient de publier Nicolas Baverez : Lettres béninoises, Albin Michel. Il s'agit d'une uchronie : qu'advient-il d'un pays qui refuse le redressement ?

COMMENTAIRE

Depuis la Révolution, il existe une exception française qui tient au profil très heurté du pays, alternant phases d'essor et de déclin. Son origine profonde réside dans la radicalité de l'expérience révolutionnaire, dans sa volonté de refonder la liberté moderne sur la politique pure en l'émancipant de...

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