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Daniel Bell (1919-2011): Ce que je dois à Daniel Bell

Mark LILLA

N° 135 Automne 2011

Article


Dans notre précédent numéro, nous avons publié la préface que Daniel Bell nous avait adressée, avant sa disparition, et qui ouvre la réédition de son livre fameux : The Reforming of General Education, ouvrage écrit dans les années 1970 pour Columbia University. Inlassable optimiste, observateur lucide, il voulait qu'on reconstruise désormais ce que l'on appelle aux États-Unis liberal education et, chez nous, l'éducation générale, celle qui forme l'esprit préalablement à la formation à une profession ou à une discipline. Cette formation, heureusement réformée il y a trente ans, était à nouveau, à ses yeux, menacée autant par la démagogie, qui oublie qu'une université n'est pas une « institution démocratique », mais une institution libérale dans une « société démocratique », que par les excès de la spécialisation et de l'obsession professionnelle cultivées dans une partie du monde universitaire. Ce souci de l'intérêt public, Daniel Bell l'avait eu dès son jeune âge et l'a conservé toute sa vie.Comme nos lecteurs le savent, la disparition de ce grand esprit, à la fois savant et politique, a profondément affecté Commentaire. Il a toujours bien voulu témoigner une grande attention à notre revue. Il avait séjourné à Paris, où il était devenu l'ami de Raymond Aron et de Bertrand de Jouvenel. Il lisait le français, et lui qui, avec Irving Kristol et Nathan Glazer, avait fondé et longtemps animé la meilleure revue de science sociale appliquée qu'il y ait jamais eu, The Public Interest, était pour nous un admirable conseiller. Il appartenait depuis l'origine, à la demande de Raymond Aron, à notre comité de patronage et rarement « patron » fut aussi bienveillant et généreux.Pour lui rendre un dernier hommage, nous avons retenu trois textes. Le premier est de son ami Nathan Glazer. De New York à Harvard, ils ne se sont pas quittés et nul mieux que Nathan ne peut conter et expliquer cette longue et prolifique vie intellectuelle, à la fois diverse par ses œuvres, par ses curiosités, par les domaines abordés et profondément cohérente par la recherche inlassable des savoirs qui permettent aux hommes une meilleure vie en société. Le deuxième article, par Pierre Grémion, qui, à Paris ou aux États-Unis, a souvent rencontré Bell, retrace l'histoire de ses principaux livres et montre l'influence qu'ils ont exercée. Il prend pour titre un joke de Bell, qui répondait, voilà une vingtaine d'années, quand on lui demandait ses opinions qu'il était « social-démocrate en économie, libéral en politique et conservateur en arts et en littérature ». Enfin, il appartenait à Mark Lilla, qui a été son élève à Columbia, de montrer quel admirable professeur était Daniel Bell, parce qu'il était bien plus qu'un professeur, un éveilleur de l'esprit critique, un critique des nuées qui comme les idéologies tourmentent sans cesse les hommes et les font déraisonner.

J.-C. C.

  Mark LILLA, Ce que je dois à Daniel Bell C'est un grand avantage dans la vie d'avoir vu la faillite de son dieu. Rien de ce qui est humain, et certainement rien de ce qui est moderne, ne vous sera étranger4. Le dieu de Bell qui...

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