Conversations avec le vieil Harold (II)

Harold Kaplan, Philippe Meyer

N° 130 Été 2010

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Harold Kaplan est mort à l'automne dernier, comme un ancien Romain, après avoir dit adieu à ceux qu'il aimait, sans la moindre affectation. J'avais pris l'habitude de l'appeler le vieil Harold, tant il me faisait penser au vieux Nestor, le vieillard favori d'Homère. L'idée ne pouvait que me venir de le faire parler de lui pour les auditeurs de France Culture, désormais pour les lecteurs de Commentaire – plus d'un doit posséder ces deux qualités. Davantage qu'un récit, il s'agit d'une suite de conversations à bâtons rompus dont la première partie est parue dans le numéro précédent. La conversation est un genre – un art ? – que France Culture cultive avec une douce obstination. Elle est à l'interview ce que la promenade est au jogging. Promenons-nous donc une seconde fois avec Harold Kaplan, d'Alger en 1943 à la candidature de Barak Obama (ces conversations eurent lieu en octobre 2008, à quelques semaines de l'élection présidentielle américaine), de Raymond Queneau à Saul Bellow, de Saint-Germain-des-Prés, dont cet États-Unien me semble avoir été le dernier authentique indigène, au Vietnam des généraux. Son ami Robert Scipion, romancier mais aussi Paganini des cruciverbistes, soumit un jour à la sagacité des lecteurs du Nouvel Observateur cette définition d'un mot en onze lettres : « fait du neuf avec du vieux ». Ceux qui connaissaient le vieil Harold n'avaient aucun mal à trouver la réponse : « nonagénaire ».

Ph. M.

Saint-Germain-des-PrésPhilippe Meyer. — Nous sommes chez vous à Saint-Germain-des-Prés. Des deux fenêtres de votre bureau nous pouvons voir le café de Flore et les Deux Magots et, si je ne me trompe pas, la fenêtre de l'appartement qu'habita quelqu'un que vous avez...

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