Benjamin Constant ou « la liberté en tout »

Laurent Theis

N° 165 Printemps 2019

Article


Une gravure anonyme de 1825, intitulée « Le côté gauche », représente d'un côté Horace Sébastiani, qui vient de l'armée et de la diplomatie, de l'autre Casimir Périer, industriel et homme d'affaires, entre eux Benjamin Constant, le plus facile à reconnaître car alors la personne la plus illustre de cette trinité. En l'absence, sous le régime de la monarchie constitutionnelle, de partis et de groupes politiques régulièrement constitués et nettement identifiables, l'opinion publique, voire populaire, exprimée par une iconographie largement diffusée est alors le meilleur indicateur de la position occupée par les principales personnalités. À 59 ans, le député de Paris est ainsi l'une des figures de proue de l'opposition au cabinet Villèle, et à la politique réactionnaire, comme on dit déjà, qu'il conduit avec la bénédiction de Charles X. Trois ans plus tard, député de Strasbourg, il occupe dans l'hémicycle du Palais-Bourbon le siège n° 27, à l'extrémité gauche du deuxième rang. C'est de là qu'il lance ses interventions toujours redoutées par les ministres. Et il veille à ce que ses principaux discours à la tribune, très nombreux, soient imprimés sitôt prononcés. En effet, la Restauration peut être considérée comme l'âge d'or de l'éloquence parlementaire, et Benjamin Constant, dans un style bien à lui, fait de logique serrée, d'informations précises, d'insolence maîtrisée et d'esprit de répartie, s'y impose comme un maître. C'est donc durant ces quinze années, de la chute de l'Empire à l'installation de la monarchie de Juillet, qu'il fait véritablement et puissamment figure d'homme de gauche, dans l'acception et le contenu que revêt alors l'expression. Mais quelle gauche ?

L. T.

Origines intellectuelles et politiquesEn janvier 18291, Constant écrit à Béranger : « Je veux qu'on dise après moi que j'ai contribué à fonder la liberté en France. » En dépit de ses efforts et de son talent, il n'est pas sûr qu'il y soit parvenu. En effet, la passion...

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