Batailles diplomatiques autour de la dissuasion

Benoît d'Aboville

N° 163 Automne 2018

Article


Un colloque s'est tenu l'an dernier à la Bibliothèque nationale de France sous les auspices du Commissariat à l'énergie atomique et de la Fondation pour les études stratégiques sous le titre Résistance et dissuasion : des origines du programme nucléaire français à nos jours. Les actes de ce colloque vont paraître ce trimestre aux éditions Odile Jacob et cet important ouvrage comprend l'article de Benoît d'Aboville que l'on va lire. Nous remercions vivement les éditions Odile Jacob d'autoriser Commentaire à le reproduire en bonnes feuilles.Entre 1954 et 1974, l'effort de la France pour acquérir une force de dissuasion a rencontré de vives oppositions de la part de nos alliés et notamment de Washington. Au final, en dépit des divergences initiales, un consensus s'établira à Paris autour des grands thèmes de l'indépendance de la force de frappe, de sa non-intégration au sein de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) et du refus de la stratégie de la riposte flexible. De son côté, l'Alliance, lors de la déclaration d'Ottawa, reconnaîtra le rôle de la force nucléaire indépendante de la France.Ces vingt années, marquées par des controverses multiples, encadrent en quelque sorte le premier cycle de l'« aventure atomique française », pour reprendre l'expression de Bertrand Goldschmidt, qui fut en charge des relations internationales du CEA.Le 26 décembre 1954, Pierre Mendès France convoque au Quai d'Orsay les principaux responsables du programme nucléaire français. Bien qu'il s'en soit défendu ultérieurement, cette réunion marqua le début de l'engagement gouvernemental en faveur de l'option nucléaire militaire.En 1974 à Ottawa, les alliés reconnaissent, lors de la réunion du Conseil de l'Atlantique nord (25e anniversaire de l'Alliance), le rôle dissuasif propre des forces nucléaires française et britannique. De la contestation du principe même d'une force nucléaire indépendante on en est venu finalement à son acceptation.La contribution des savants, des ingénieurs et des industriels à la constitution de la force de dissuasion est aujourd'hui bien connue. Il n'en est pas de même du rôle de la diplomatie et des diplomates, car cette politique, par les réactions qu'elle a suscitées, a constitué un élément clé de nos relations avec les États-Unis, avec nos partenaires européens et avec tous nos alliés au sein de l'OTAN. C'est l'objet de cet article.

COMMENTAIRE

Si le rôle des diplomates est moins bien perçu1, c'est en partie en raison de la difficulté d'accès aux archives. Au départ, tous ne sont pas acquis au programme nucléaire militaire, il s'en faut même de beaucoup, car ils anticipent, et pour quelques-uns vivent mal, les...

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