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Avec Michel Rocard, sur le même bateau

Michel Euvrard

N° 156 Hiver 2016

Chroniques


Michel Rocard tenait une place à part dans l'univers politique. Il agaçait François Mitterrand parce qu'il avait voulu se porter candidat à l'élection présidentielle de 1981. Pour la manœuvre politique, il faut bien reconnaître qu'il était parfois innocent. Pourtant, devenu Premier ministre en 1988, il n'a pas mal réussi : sa sincérité, son intelligence, son courage, son charme même, ont paru évidents. Cela a plus encore irrité Mitterrand, qui supportait mal son style (loin de Chateaubriand et de Chardonne, il est vrai, car alourdi par les sciences sociales). Avec l'appui des Tapie, Taubira et autres, Mitterrand, de l'Élysée, a torpillé sa candidature aux élections européennes de 1994. Ce n'était ni honorable ni aimable et c'était injuste car Rocard, qui, dans sa jeunesse, fut un militant européen convaincu (sous la conduite de Daniel Villey, avec ses amis du Mouvement européen, il allait mettre le feu aux poteaux frontières), resta tout au long de sa vie politique un défenseur de la cause européenne et méritait donc une victoire. Il ne cessa, depuis, de dire tout le mal qu'il pensait de François Mitterrand. Et réciproquement (à quelqu'un qui lui faisait remarquer un jour l'hostilité de Rocard à la proportionnelle, Mitterrand rétorqua « quand on a admiré l'autogestion yougoslave, on peut dire n'importe quoi ! »). Michel Rocard avait un goût pour la vérité peu répandu dans le milieu politique. Il supportait mal le mensonge, les faux-semblants et les idéologies. Il disait ce qu'il pensait et il cherchait, fût-ce avec maladresse, à penser le plus véridiquement possible. Retenons qu'il a voulu réformer la doctrine des socialistes en économie, qu'il était fédéraliste pour l'Europe (et pour la France aussi), qu'il était libéral en politique, qu'il a toujours combattu les communistes et qu'il a souhaité l'alliance des socialistes et des centristes. C'était aussi un homme profondément gentil, et c'est une grande qualité. Nous avons demandé à un de ses proches amis de l'évoquer.

J.-C. C.

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