Auguste Comte et l'Italie

Claude Lévi-Strauss

N° 143 Automne 2013

Article


J'ai entendu Raymond Aron dire avec regret à Claude Lévi-Strauss : « Nous serons sans doute la dernière génération de philosophes à avoir lu et relu Auguste Comte. » Aron devait consacrer un cours d'une année entière à Comte et lui donner une grande place dans Les Étapes de la pensée sociologique (Gallimard). Comme on le verra dans l'article qui suit, Claude Lévi-Strauss était tout autant familier de l'œuvre du fondateur du positivisme, comme le furent aussi Durkheim, Lévy-Bruhl, Mauss, Halévy, Alain, Gouhier, Canguilhem...Pour perpétuer la connaissance de Comte et l'amour de l'Italie, nous sommes heureux de reproduire en bonnes feuilles cet article de Claude Lévi-Strauss. Il avait été publié en italien sous le titre « L'Italia è meglio disunita », dans La Repubblica, le 21 juin 1994. La version originale française appartient à un recueil qui paraît maintenant sous le titre Nous sommes tous des cannibales (Seuil, « La Librairie du XXIe siècle », 2013, 274 pages). Ce recueil, composé d'articles publiés en Italie, témoigne de l'admirable essayiste qu'était aussi Claude Lévi-Strauss.Dans l'article que nous publions, les intertitres sont de la rédaction. Nous remercions Monique Lévi-Strauss et Maurice Olender d'avoir autorisé cette publication.

J.-C. C.

Fondateur du positivisme, Comte fit à l'Italie une place croissante dans son système à mesure que la philosophie des sciences y cédait en importance à l'instauration d'une nouvelle religion. Certes l'idée religieuse, seule capable de discipliner le progrès par l'ordre, ne fut jamais absente de...

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