Action publique et intelligence collective

Augustin Landier, David Thesmar

N° 131 Automne 2010

Article


Pour beaucoup, la période que nous traversons signifie le triomphe de l'État sur le marché. Sans des interventions publiques massives, le dérèglement du secteur financier aurait conduit l'économie mondiale dans une récession sans précédent. Le retour à un fonctionnement plus centralisé de l'économie serait le mouvement de balancier inévitable qui suivrait cette crise. Si l'économie décentralisée se dérègle trop facilement, si l'auto-organisation des marchés ne fonctionne pas, ne doit-on pas conclure que le politique doit reprendre une casquette d'architecte de l'économie, casquette que depuis les succès de l'Angleterre thatchérienne les États avaient les uns après les autres raccrochée au porte-manteau des idées obsolètes ? C'est ce mouvement que laisse présager en France la résurrection de l'économie « concertée » à la mode de l'après-guerre, avec une politique industrielle façonnée par des décideurs politiques et administratifs (soutien affiché aux champions nationaux, réorganisation des filières énergétiques et bancaires, montée en charge des financements publics fléchés sur les PME ou l'industrie).En cette période d'après crise, il est certes souhaitable de redéfinir le rôle de l'État dans la vie économique. Toutefois, l'envisager sous l'angle d'une reprise en main des décisions économiques par les politiques et les fonctionnaires serait, selon nous, un grave contresens. Nous montrerons que la crise n'est pas née d'un déficit de contrôle direct de l'État sur l'économie, rarement efficace et toujours partiel, mais plutôt d'une mauvaise définition des règles du jeu économique, qui ont été contournées et perverties par les acteurs.L'observation attentive des lignes de rupture du modèle précédent incite plutôt à une réinvention critique de notre mode de production des règles. Celui-ci doit fonctionner de plus en plus « en architecture ouverte », un peu à la manière des logiciels libres, plutôt qu'être le fruit de décrets décidés en commission fermée par de petits groupes de politiques et d'experts désignés. Cette transformation donnera à la société civile un rôle participatif et responsabilisant. Elle impose d'ériger la production d'information publique en une fonction régalienne de l'État. Il faut mettre l'intelligence collective au service de l'action publique. Cet article cherche à esquisser les contours de cette nouvelle voie. Il est tiré du livre que nous publions ce trimestre : La Société translucide. Pour en finir avec le mythe de l'État bienveillant (Fayard, 2010, 286 p.).

A. L. et D. T.

La règle et le marchéLire l'implosion de la finance et sa cascade d'effets contaminants comme la revanche de ceux qui « croient à l'État » sur ceux qui « croient au marché » ne fait pas justice à la nature du fonctionnement de nos économies avant crise : l'absence de règles...

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