À la croisée des chemins

Buber et le sionisme

Cédric Cohen Skalli

N° 169 Printemps 2020

Article


Les limites et échecs des États du Moyen-Orient, ceux d'Israël et de ses voisins arabes, définissent en grande partie les dynamiques de la région. Ils diffusent également au-delà, déversant sur de nombreux « rivages » des sujets frappés d'un sceau traumatique. Cette faillite contagieuse invite à un nouvel examen de l'histoire politique et intellectuelle de la région pour y ressaisir l'articulation d'un espace politique, ses espoirs et sa décadence. Les pages qui suivent proposent au lecteur de revenir sur deux débats intellectuels très riches que le jeune et brillant Martin Buber (1878-1965) mena contre le leader sioniste Max Nordau (1849-1923) et le philosophe Hermann Cohen (1842-1918) au tournant du xxe siècle et au milieu de la Première Guerre mondiale. Ces deux joutes menées par Buber éclairent rétrospectivement les premiers contours de l'espace politique israélien et contiennent en creux certaines impasses à venir.

C. C. S.

Bâle 1901 Le 26 décembre 1901, à dix heures du matin, le président Dr Theodor Herzl (1860-1904) se lève et se dirige vers le podium. Le protocole sténographique du Congrès décrit ce moment de grande...

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