14-18 : l'honneur des intellectuels

Éric Thiers

N° 148 Hiver 2014

Article


Cent ans après, la cause semble entendue. Parce que la Première Guerre mondiale fut un événement aussi absurde qu'horrible dans son déclenchement, son déroulement et ses conséquences, parce que la guerre est aujourd'hui tenue aux marges de notre horizon démocratique, parce que la réconciliation franco-allemande est le fondement d'une Europe en paix, on doit considérer que la guerre 14-18 opposait finalement des camps aussi aveugles l'un que l'autre, que rien ne distingue vraiment et qu'il faudrait renvoyer dos à dos. Domine aujourd'hui l'idée que cet événement monstre est dénué de sens.Pourtant ce conflit fut loin d'être dépourvu de signification pour ceux qui le vécurent. Au contraire, on peut même dire qu'il déborda de sens et ce furent bien deux conceptions du monde qui s'affrontèrent pendant près de cinq ans sur le continent européen. Les Français se sont battus pour libérer leur patrie envahie – enjeu on ne peut plus concret – mais aussi pour des valeurs plus abstraites, pour la victoire du Droit et la Civilisation. Les Allemands ont entendu défendre, de leur côté, la Kultur en s'opposant, au nom de la liberté, à l'idéal français rationaliste et unitaire et au matérialisme britannique. Si, pour chaque camp, l'autre incarnait la Barbarie et devait être anéanti, l'engagement dans la guerre a également répondu à des attentes positives donnant à la Première Guerre mondiale un contenu idéologique beaucoup plus puissant qu'il n'y paraît.

E. T.

Dans tous les pays, les intellectuels jouèrent un rôle inédit. Ils se mobilisèrent immédiatement et avec constance pour soutenir l'effort de guerre en participant à la propagande patriotique. Mal leur en a pris car le reproche leur fut fait d'avoir ignoré leurs idéaux de vérité, de justice, d...

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