|
|
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||

Les journaux d’Orwell n’ont nullement un caractère de confidence ou de confession ; ici, il note rarement ses émotions, impressions, humeurs ou sentiments ; et c’est à peine s’il consigne ses idées, jugements et opinions. Il s’attache presque uniquement à fixer des faits et événements, de façon sèche et concise ; ce qui se passe dans le vaste monde et ce qui se passe dans son petit jardin : sa chèvre Muriel a une légère diarrhée causée peut-être par l’herbe mouillée qu’elle a mangée ; Churchill a réintégré le ministère ; la presse rapporte des combats au Mandchukuo ; sa rhubarbe pousse bien ; Bela Kun aurait été tué à Moscou ; les pensées et les saxifrages rouges sont en pleine floraison ; on estime qu’il y a quatre à cinq millions de rats en Grande-Bretagne ; dans l’argot des faubourgs de l’est de Londres, le mot tart est un exact équivalent de girl, sans aucune connotation de « prostituée » : les gens appellent leur fille ou leur sœur une tart ; parmi les cueilleurs de houblon, l’argot rimé continue à être utilisé, ainsi « a dig in the grave » (un coup de bêche dans la tombe) signifie « a shave » (raser la barbe) ; et à la fin de juillet 1940, comme la menace d’une invasion allemande se fait pressante « constamment, comme je marche dans les rues, je ne peux m’empêcher de lever les yeux vers les fenêtres pour repérer celles dont on pourrait faire de bons nids de mitrailleuses ».
Simon Leys
Les peuples arabes face à eux-mêmes
Les révoltes arabes représentent tout à la fois une revanche des sociétés sur les pouvoirs, des gens simples sur les parvenus rapaces, des invisibles de la périphérie sur le centre, de l’âme du peuple sur la « culture Dubaï ».
Elles ont été un printemps pour les Tunisiens et les Égyptiens, elles sont encore un long tunnel obscur pour les autres peuples, ceux du Yémen, de la Syrie, du Bahreïn mais aussi d’Algérie, d’Arabie, d’Oman et du Koweït qui sont tous entrés en rébellion. Le phénomène est le même mais les scénarios varient en fonction de la riposte du pouvoir et des moyens dont dispose la société. Ce processus ne s’arrêtera pas, il s’étendra sur plusieurs années. Il entraînera in fine une transformation du paysage politique, social, économique et stratégique de la région.
Bassma Kodmani
Perspective israélienne : la saison des tornades
Les contours du « Printemps arabe » commencent à apparaître. Beaucoup de choses continuent à évoluer, y compris dans les pays où la première vague de la « révolution du Jasmin » et de la « révolution du Nil » a déjà été couronnée de succès avec le renversement de « l’ancien régime », c’est-à-dire en Tunisie et en Égypte. Les seules observations auxquelles on puisse se risquer à ce stade sont que les vagues massives de désaffection à l’égard de l’ordre existant qui se sont rapidement succédé dans tant d’États de la région marquent un tournant dans l’histoire moderne de ces pays ; ce qui signifie que la situation est vouée à rester complexe, volatile et incertaine pendant des mois, voire des années. Dans ces circonstances, il n’est guère surprenant qu’Israël n’ait pas de point de vue homogène, et moins encore définitif, sur ces événements.
Ce qui suit n’est donc qu’une tentative personnelle pour saisir et décrire les diverses tendances des réactions et idées actuelles d’Israël en réponse au « Printemps arabe ».
Ariel E. Levite
L’aléa moral
L’origine et la définition de l’expression – assez énigmatique – d’aléa moral (ou de « hasard moral » selon l’anglais, moral hazard) méritent une explication.
Ce concept a pris naissance dans le monde des assureurs qui ont cherché à savoir si les comportements (moral behaviour) de leurs clients pouvaient être influencés par l’existence de contrats les protégeant contre divers types de risques.
Serait-il possible que certains assurés se montrent moins prudents, voire prennent délibérément des risques auxquels ils ne se seraient pas normalement exposés sans assurance ?
Une telle déviation de comportement se manifeste-t-elle effectivement ? Dans l’affirmative, peut-elle revêtir une importance significative ?
Cette notion d’aléa moral peut avoir une portée plus générale. Si les individus sont persuadés que les pouvoirs publics interviendront toujours pour les protéger en cas de péril, certains d’entre eux (ou nombre d’entre eux) peuvent être tentés de relâcher leur prudence naturelle. Si l’État a tendance – comme c’est de plus en plus le cas – à intervenir systématiquement, notamment en vertu du principe de précaution, on conçoit, par exemple, que certains assurés sociaux puissent se montrer moins stricts quant à leurs règles d’hygiène.
Or, le coût pour la collectivité de tels comportements peut s’avérer très lourd. Mais c’est dans le domaine financier que l’aléa moral a pris, avec la crise actuelle, une dimension spectaculaire. C’est cet aspect de la question que j’aborderai ici.
Jacques de Larosière
La France et le changement climatique
Le changement climatique ne connaît pas de frontières. L’augmentation de l’évaporation des océans due à l’élévation des températures accroît l’humidité de l’air, donc les pluies. D’immenses régions du Pendjab sont inondées. Des vagues de chaleur font brûler les forêts russes. L’Australie vit un cauchemar de pluies diluviennes au nord ou de sécheresses ailleurs. L’Afrique du Sahel et celle de l’Est voient leur bétail mourir sur un sol craquelé par l’arrêt persistant des pluies. Les ouragans dévastent les côtes ouest des grands océans. L’eau devient un bien rare. Beaucoup de rivières comme le Rio Grande s’amenuisent ou disparaissent par évaporation. La neige recouvre l’Europe et de grandes parties des États-Unis. Ainsi, tous les aspects du cycle de l’eau sont accrus.
Ces phénomènes, qui peuvent paraître contradictoires, se conjuguent, parmi tant de facteurs, avec une augmentation de la démographie et de l’urbanisation mondiales, ainsi qu’avec une raréfaction des ressources entraînant une hausse des prix, bouleversant ainsi des populations déjà trop pauvres.
Ces événements climatiques sont jusqu’à présent moins graves en France mais frappent déjà durement nos voisins européens. En se fondant sur les observations scientifiques internationales de ce changement climatique mondial, nous dresserons un diagnostic en ce qui concerne la France et esquissent les options possibles concernant l’avenir de notre pays.
Robert Dautray et Dominique Meyer




