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Enquête
Une expérience mentale
Les élections législatives de 2012 sont remportées par les socialistes
Nous avons procédé à une enquête en interrogeant des observateurs attentifs de la vie politique. Nous leur avons demandé de répondre à la question suivante :
« Pourriez-vous procéder à une expérience mentale ? Supposons que les élections législatives de 2012 soient remportées par le Parti socialiste et ses alliés. Compte tenu de ce que sera, en 2012, la situation de la France et de l’Europe, et compte tenu de l’orientation probable de cet éventuel gouvernement : quelles sont, à vos yeux, les principales lignes du programme qu’il devrait ou pourrait mettre en œuvre pour la législature 2012-2017, ou les principales décisions qu’il devrait ou pourrait prendre ? »
La plupart des personnalités interrogées ont bien voulu répondre, et nous sommes heureux de publier leurs réponses. Comme on le verra, et comme on pouvait s’y attendre, elles sont très différentes. Les opinions, les préférences, les prévisions des auteurs diffèrent. Nos lecteurs, nous l’espérons, apprécieront cette diversité. Ils admettront aussi que nous avons choisi cette hypothèse sans nous poser la question de savoir s’il fallait ou non la souhaiter. C’est une probabilité : espérée par certains, redoutée par d’autres, indifférente à plusieurs. Mais la réflexion politique consiste souvent à prévoir les conséquences possibles d’un événement probable et à tirer les leçons de ces éventualités. Réflexion utile car elle modère les passions des acteurs, les craintes ou les illusions des spectateurs.
Nos lecteurs trouveront ainsi dans ces pages une analyse de la situation présente et future de la France. De là, ils réfléchiront aux politiques, celles que l’on souhaite et celles que l’on redoute. Nos lecteurs pourront ainsi suggérer aux électeurs et aux élus que la politique n’est jamais rien d’autre que l’art du possible.
COMMENTAIRE
Réforme des retraites : conseils à la gauche, au centre et à la droite
La promulgation de la loi du 9 novembre 2010 ne met pas un terme au chantier des retraites. Les édifices disparates qui composent le système français de retraites par répartition, ébranlé par les ordonnances de 1982, replâtré en 1993, 2003, 2007 et 2010, ont besoin d’être unifiés et reconstruits de fond en comble, faute de quoi nous assisterons à une longue série de joutes politiques et de conflits sociaux parfaitement stériles. Il faut pour cela tirer les leçons des erreurs commises, proposer aux Français des options claires au cours de la campagne électorale 2012, fixer peu après le verdict des urnes les grandes lignes d’une réforme systémique, et dépasser les oppositions politiques pour œuvrer à sa mise en œuvre.
JACQUES BICHOT
Le concept d’identité
L’identité est l’enjeu de débats récurrents. Ils sont intenses et confus, aujourd’hui tout particulièrement, pour des raisons manifestes. La confusion naît de la banalité du thème, qui fait que chacun se persuade facilement qu’il détient la clé des identités, alors que les incertitudes cognitives définitives garantissent la cacophonie. L’intensité des débats est nourrie par la pluralité des horizons mobilisés. L’actualité fait naître des problèmes et des conflits d’identité individuelle et collective, amplifiés et caricaturés par leur traitement médiatique. La conjoncture européenne est obsédée par des problèmes de mixité culturelle. À plus long terme et de manière plus profonde, nous assistons à l’émergence de la première histoire commune de l’espèce humaine en tant que telle. Elle est et sera marquée, pour un temps impossible à estimer, par les millénaires et les dizaines de millénaires antérieurs d’histoires séparées et plus ou moins divergentes : comment réussir à vivre ensemble en étant différents ? Sur tous ces horizons et d’autres encore, des problèmes d’identité se posent, qui, étant réels et urgents, doivent être posés, même si l’on sait, par avance, qu’il est impossible de les définir en termes assez rigoureux pour oser espérer des solutions parfaites.
Jean Baechler
Éviter le déclin de la chirurgie dans les CHU
De nombreux pays nous l’envient, notamment en raison de son caractère égalitaire. Pourtant, le système de santé français connaît actuellement une crise grave, notamment une crise budgétaire. Les Centres hospitaliers universitaires (CHU), qui sont au cœur du dispositif d’offre de soins, disposent d’un financement qui dépend désormais directement de leur activité et la majorité d’entre eux se trouve aujourd’hui en déficit. Le déclin de la chirurgie en CHU contribue à limiter les recettes dont l’hôpital a pourtant besoin. Ce déclin est en grande partie dû au fait qu’un grand nombre de jeunes chirurgiens français, parmi les meilleurs, se détournent des carrières hospitalo-universitaires. Trois facteurs essentiels permettent d’expliquer cette désaffection. Tout d’abord, une évaluation professionnelle quasi exclusivement fondée sur l’activité de recherche, sans prise en compte de l’activité de soins, conduit à dévaloriser la technicité chirurgicale. En outre, des niveaux de rémunération fixes et très inférieurs à ceux des établissements privés, particulièrement pour les chirurgiens de moins de quarante ans, rendent les carrières hospitalières peu attractives. Enfin, l’emploi du temps des chirurgiens hospitaliers ne leur permet que très difficilement de participer aux instances de prise de décision. Sans mesure correctrice, les CHU pourraient être conduits à restreindre leurs missions aux actes d’urgence et à abandonner aux établissements privés l’essentiel des actes chirurgicaux courants. Les conséquences de cette évolution seraient une aggravation des déficits hospitaliers publics et une remise en question des missions des CHU, en un mot, le déclin de la chirurgie universitaire.
Antoine Brézin




