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Pour le soixante-dixième anniversaire de 1940, il fallait rendre hommage à Churchill, qui fut, comme dirait Time Magazine, « l’homme de l’année quarante ». Il existait un texte de lui, jamais traduit en français, émouvant, plein de tact, d’humour, de clairvoyance politique et de sens historique, The Dream. Il date de 1947 ou 1948. Il a été publié par le Sunday Telegraph, le 30 janvier 1966, et repris dans diverses éditions des œuvres de Churchill. Nous connaissions ce texte. Thérèse Delpech aussi, qui s’est offerte pour le traduire. Nous en avons acheté le droit au représentant de l’Estate of Sir Winston Churchill, et nous sommes heureux d’offrir cette version française à nos lecteurs. Avec nos vœux pour la nouvelle année.
COMMENTAIRE
Churchill évoque un dialogue avec le fantôme de son père en 1947, alors qu’il peint son portrait à Chartwell. Randolph Churchill a pensé jusqu’à sa mort que Winston était un raté et c’est là manifestement une blessure toujours ouverte dans le cœur de son fils. L’entretien porte sur tous les changements intervenus depuis la mort du père. Winston retarde autant qu’il le peut le moment où il doit annoncer l’ampleur des catastrophes qui se sont produites au xxe siècle. Mais il finit par le faire, sans rien dire de son rôle, et son père disparaît.
Thérèse Delpech
Il y a, dans le titre de ces réflexions, trois mots-clés. La suite tend à montrer que le plus problématique est la préposition qui tend à établir un lien entre les deux autres.
François Terré
Mona Ozouf revient sur le procès et sur la condamnation du Roi. Il fallait savoir, en 1792, si Louis pouvait être jugé, et, s’il pouvait l’être, par qui ? Ces questions servent de préambule au procès. Mais la question de la validité des formes s’effacera avec la Terreur, au procès volontairement ordinaire succédera le procès extraordinaire. Le procès de Louis XVI est-il le premier acte de la Terreur ? Mona Ozouf va réfléchir à cette question qui revient à ouvrir le procès de la Révolution.
Commentaire
Dans un passage justement célèbre de La Démocratie en Amérique, Tocqueville oppose la société démocratique à celle qui l’a précédée : « L’aristocratie avait fait de tous les citoyens une longue chaîne qui remontait du paysan au roi ; la démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part. » De quoi est faite une telle chaîne ? Les remarques qui suivent portent sur la parole de sollicitation, sous l’Ancien Régime. Elles sont une réflexion sur cette chaîne, et comme une illustration de la formule de Tocqueville. Qu’est-ce qui fait tenir ensemble une société de corps ? Des attentes, des demandes, des espoirs qui certes ne sont plus les nôtres, mais que nous pouvons reconstituer. Notamment l’espoir que le supérieur, dans cette longue chaîne, relaie les demandes, et les porte plus haut.
Claude Habib
Au début de 1943, la Résistance intérieure décide de créer une « ambassade » clandestine en Suisse. Cette structure d’un genre nouveau est principalement chargée d’établir une communication entre la France captive et la Suisse (neutre), mais aussi, à l’intérieur de la Suisse, avec les Alliés, principalement les Américains, pour accéder au monde. Or, contre toute attente, cette heureuse opportunité va se transformer en drame.
Ce qu’on a coutume d’appeler « l’affaire suisse » a été la crise la plus grave que la Résistance ait eu à connaître. Elle enraye le processus d’unification des organisations résistantes et de ralliement de celles-ci au gaullisme mis en œuvre par Jean Moulin. Elle brouille un peu plus les rapports entre de Gaulle et les Alliés, les Américains en particulier. À l’intérieur même de la Résistance, cette crise provoque des lésions et suscite des forces centrifuges. Plus rien ne sera comme avant après ce drame qui révèle la complexité de la France du refus.
Cette page extraordinaire de la Résistance est longtemps restée dans l’ombre. Il a fallu attendre soixante-cinq ans pour qu’une étude, dont je suis l’un des coauteurs (Voir Robert Belot et Gilbert Karpman, L’Affaire suisse. La Résistance a-t-elle trahi de Gaulle ?, Armand Colin, 2008), lui soit consacrée ! Je voudrais revenir sur cette « affaire suisse » pour montrer son importance et expliquer pourquoi elle continue à faire l’objet de polémiques.
Robert Belot




