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Numéro 129
Printemps 2010
Volume 33
- Jean-François Copé, Pour un Parlement rénové
- Fukuyama, Les économistes et la crise
- Tony Judt, Qu’y a-t-il de vivant et qu’y a-t-il de mort dans la social-démocratie ?
- Henri Pigeat, L’avenir des agences de presse mondiales
- Marc Fumaroli, Europe des nations, Europe de l'Esprit
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FRANCIS FUKUYAMA
COLBY SETH
Les économistes et la débâcle financière
La crise commencée en 2007 n’est pas achevée, mais il ne faut pas attendre pour réfléchir aux idées qui ont pu contribuer à cet événement, notamment aux idées des économistes.
Commentaire
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TONY JUDT
Qu'y a-t-il de vivant et qu'y a-t-il de mort dans la social-démocratie ?
Ce texte est tiré d’une conférence donnée à New York University le 19 octobre 2009. Nous remercions l’auteur d’avoir bien voulu nous autoriser à la traduire et à la publier. Prononcée devant un public américain, elle conserve toute sa portée pour les Européens, plus attachés encore que leurs cousins d’outre-Atlantique à l’histoire et à l’héritage de la social-démocratie.
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JEAN-FRANÇOIS COPÉ
Vers le régime présidentiel. Pour un Parlement rénové
Jean-François Copé préside le principal groupe de l’Assemblée nationale, groupe qui à lui seul constitue la majorité. Dans l’important article qu’il a bien voulu nous confier, il examine les conséquences de la réforme constitutionnelle intervenue en 2008. Cette réforme était destinée à renforcer le rôle du Parlement. Il considère qu’un Parlement ainsi rénové constituera le pendant légitime d’un pouvoir présidentiel affirmé.
Commentaire
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MARC FUMAROLI
Europe des nations, Europe de l'Esprit
Nous avons ouvert cette nouvelle enquête sur l’Europe dans notre livraison du printemps 2009, avec l’article de Jean-Louis Bourlanges (« L’Europe piétine. Analyse d’une déception », p. 103-106). Nous la poursuivons avec trois articles. Celui qui suit et ceux de Thierry Chopin et de Tommaso Padoa-Schioppa qui viennent ensuite. Nous avions introduit cette enquête à partir d’une double constatation : l’Europe piétine. On le mesure au manque de vision des principaux dirigeants politiques et aux choix qu’ils ont faits pour composer les instances européennes. Attendons de José Manuel Durao Barroso, qui n’a plus à se soucier de son renouvellement, qu’il témoigne de davantage de vigueur et d’autorité. Attendons de Lady Ashton, que rien ne préparait à cette nomination et à cet emploi, qu’elle trouve son inspiration dans la ténacité britannique et dans l’ampleur du défi qui lui est lancé. Espérons dans la sagesse et dans la clairvoyance de Herman Van Rompuy. Démocrate-chrétien et belge, il a toutes les qualités des pères fondateurs de l’Europe. Qu’il s’inspire de leur dessein.
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HENRI PIGEAT
L'avenir des agences de presse mondiales
La société de l’information remet sérieusement en cause les grandes agences de presse mondiales. Leur position prééminente dans l’information est contestée. En juin 2009, la mort du chanteur américain Michael Jackson, d’intérêt planétaire, a été d’abord annoncée par un petit site Web spécialisé dans le show-business et relayée par le réseau « social » Facebook. L’agence Associated Press (AP), pourtant sur son terrain, ne put que confirmer la nouvelle près de trente minutes plus tard. En septembre de la même année à Téhéran, les manifestations qui ont commencé à ébranler sérieusement le régime en place se sont d’abord appuyées sur le réseau de messages téléphoniques Twitter avant d’être, elles aussi, portées à la connaissance du monde par des réseaux sociaux. La situation économique de ces grandes agences est aussi préoccupante. Associated Press, bien que coopérative groupant la plupart des médias américains, voit des quotidiens importants la quitter. Reuters, longtemps prospère grâce à ses informations financières, vient de s’unir au groupe canadien Thomson Financial et n’est plus cotée qu’à la bourse de Toronto. L’Agence France-Presse (AFP), héritière d’Havas, fondatrice du genre en 1835 à Paris, perd des clients anciens et se trouve une nouvelle fois dans l’incapacité de financer ses investissements. L’État, son parrain à défaut d’être son tuteur officiel, vient d’installer un comité pour réfléchir à une réforme de son statut. J’ai la charge de présider ce comité, mais le présent texte a été rédigé avant qu’il ne commence ses travaux. Il ne préjuge en rien des conclusions de celui-ci et ne peut en aucune façon l’engager.
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SOMMAIRE
| Auteur |
Titre |
Page |
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IDÉES |
FRANCIS FUKUYAMA, COLBY SETH |
Les économistes et la débâcle financière |
5 |
| LOUIS MARTINEZ |
Camus entre la justice et la foi chrétienne... |
13 |
| ALAIN BESANÇON |
Ecce Homo : Ionesco |
23 |
PHILIPPE MEYER, HAROLD KAPLAN |
Conversations avec le vieil Harold (I) |
29 |
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POLITIQUE : DROITE ET GAUCHE |
| TONY JUDT |
Qu'y a-t-il de vivant et qu'y a-t-il de mort dans la social-démocratie ? |
39 |
| JEAN-FRANÇOIS COPÉ |
Vers le régime présidentiel. Pour un Parlement rénové |
51 |
| LAURENT WAUQUIEZ |
La droite sociale au miroir de la crise |
63 |
| YVES CANNAC |
La Nouvelle Société, quarante ans après |
77 |
| MICHEL VERPEAUX |
Vous avez dit "clause générale de compétence" ? |
81 |
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NOUVELLE ENQUÊTE SUR L’EUROPE |
| MARC FUMAROLI |
Europe des nations, Europe de l'Esprit |
89 |
| TOMMASO PADOA-SCHIOPPA |
Demos et Kratos en Europe |
99 |
| THIERRY CHOPIN |
Le désarroi européen |
109 |
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SITUATION DE L'ALLEMAGNE |
| PIERRE HASSNER |
L'Allemagne est-elle un pays normal ? |
119 |
| JACQUES DEWITTE |
Comment peut-on être allemand ? |
125 |
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MONDIALISATION |
| HENRI PIGEAT |
L'avenir des agences de presse mondiales |
135 |
| ÉMILE QUINET |
Le système ferroviaire français : une lente révolution |
143 |
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ARTS |
| CHRISTINE GOUZI |
L'histoire de l'art selon Antoine Schnapper |
151 |
| EMMANUEL RODOCANACHI |
L'union crée l'émotion : le poète et le peintre |
159 |
| JÉRÔME DUCROS |
Le néo, l'impasse et le moderne |
165 |
| KAROL BEFFA |
Le texte que l'on va lire... |
165 |
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L'IDÉE D'UNIVERSITÉ (XXXI) |
| OLIVIER BEAUD |
Les libertés universitaires (I) |
175 |
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CHRONIQUES |
THIERRY ARDISSON, AURÉLIEN BARRAU, CAUET, FRÉDÉRIC LEFEBVRE, ISABELLE VEYRAT-MASSON |
SANS COMMENTAIRE : avec la collaboration involontaire |
191 |
| THÉRÈSE DELPECH |
Un changement de destinée |
193 |
| CHRISTIAN VIGOUROUX |
Le devoir de parler |
197 |
| CÉDRIC ARGENTON |
La loi d'airain des déficits publics |
203 |
| JACQUES RUPNIK |
éloge de Vaclav Havel |
207 |
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REVUE DE PRESSE |
| NATHAN GLAZER |
Mon ami Irving Kristol |
214 |
| ROGER COHEN |
L'option de l'inertie |
216 |
HOSSEIN ASKARI, TRITA PARSI |
Faut-il jeter à Ahmadinejad une bouée de sauvetage ? |
218 |
| TRANSATLANTIC TRENDS 2004 |
L'énigme turque |
219 |
| MOUVEMENT POUR L'AUTONOMIE DE LA KABYLIE |
Kabylie : un silence coupable |
222 |
| JEAN-MARIE COLOMBANI |
Philippe Séguin, le "petit chose" |
223 |
| RAYMOND BOUDON |
Une famille intellectuelle |
225 |
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CITATIONS DU CONCOURS |
| ÉMILE OLLIVIER |
Supériorité des Constitutionnels sur les Jacobins |
228 |
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CRITIQUE |
| AURELIAN CRAIUTU |
Le Sphinx de la démocratie moderne |
229 |
| DANIEL J. MAHONEY |
La place unique de Soljénitsyne |
231 |
| LUCIEN BÉLY |
1550-1650 : le siècle des Génois ? |
235 |
| MARC RIGLET |
Un siècle juif ? |
238 |
| JEAN-THOMAS NORDMANN |
Président flamboyant et homme ordinaire ? |
240 |
| SAMUEL TOMEI |
Clemenceau et Dreyfus |
243 |
| GILLES ANDREANI |
L'épuration de 1945 |
245 |
| JEAN FERNIOT |
Souvenirs sur François Mitterrand |
247 |
| DOMINIQUE SCHNAPPER |
La force du droit |
250 |
| ÉRIK ORSENNA |
L'aide est sur la sellette |
253 |
| JEAN-PAUL DELBÈGUE |
Pour l'amour du grec |
255 |
| MICHEL LEROUX |
Un grand petit livre |
257 |
| ÉRIC THIERS |
Plaidoyer pour la souveraine littérature |
259 |
| CHRISTOPHE MERCIER |
Les lettres de Céline |
261 |
| PAUL YONNET |
Anatole France, Rabelais et Céline |
264 |
| ANNE PONS |
Un talent immense, pour une femme... |
267 |
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IN MEMORIAM |
| JEAN-CLAUDE CASANOVA |
Irving Kristol (1920-2009) |
274 |
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CITATIONS |
| MARCEL AYMÉ |
Sous le signe de la révolte |
4 |
| ALBERT CAMUS |
Une morale de la sincérité |
21 |
| ALBERT CAMUS |
Dans le "sens de l'histoire" et sur le devant de la scène |
22 |
| PAUL VALÉRY |
Il faut se résoudre |
38 |
| RAYMOND ARON |
Je l'ignore |
50 |
| ALBERT CAMUS |
Á mi-distance de la misère et du soleil |
61 |
| ÉDOUARD HERRIOT |
Pour le 180e anniversaire de Mistral |
62 |
| HONORÉ BALZAC (DE) |
Il ne manque que l'Empereur ! |
87 |
| JEAN JAURÈS |
Élever l'enseignement primaire |
88 |
| JEAN GRENIER |
Nos temps sont voués à Hegel... |
107 |
| ALBERT CAMUS |
Je continue de vivre avec l'idée que mon œuvre n'est même pas commencée |
108 |
| GEORGES BERNANOS |
Les hommes sont dévalués |
118 |
| ALEXIS TOCQUEVILLE (DE) |
Napoléon et l'Académie des sciences morales et politiques |
124 |
| VICTOR HUGO |
Dictionnaire |
149 |
| GUILLAUME APOLLINAIRE |
L'avion |
150 |
| DENIS ROUGEMONT(DE) |
Naissance de la philosophie en Occident |
161 |
| VICTOR HUGO |
Protocole |
174 |
| ALBERT CAMUS |
Meursault, c'est moi |
189 |
JEAN-FRANÇOIS REVEL, ÉLISABETH ROUDINESCO |
A propos d'Édouard Drumont |
190 |
| LÉOPOLD DERÔME |
Le nombre des prisons dépasse celui des couvents |
195 |
| PHILIPPE SÉGUIN |
Pensées sur l'éducation |
201 |
| WINSTON S. CHURCHILL |
Les communistes français |
202 |
| MARIE JÉGO |
Une histoire éducative |
212 |
| FRANÇOIS KERSAUDY |
Hermann Goering : un écologiste avant l'heure |
269 |
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LETTRES |
| YVAN BLOT |
Sur l'immigration et ses conséquences |
276 |
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Les économistes et la débâcle financière
Francis Fukuyama et Seth Colby
Les idées des économistes et des philosophes politiques, qu’ils aient raison ou tort, ont plus d’influence qu’on ne le croit d’ordinaire. John Maynard Keynes
Alors que la poussière de la crise économique mondiale actuelle commence à retomber, l’une des questions que nous devons nous poser est celle du rôle des économistes des universités dans la promotion d’idées qui se sont avérées à la fois fausses et dangereuses. Les économistes s’enorgueillissent d’être les théoriciens en sciences sociales à la fois les plus sophistiqués ainsi que les plus rigoureusement empiriques du groupe. Pourtant, dans le cas de la libéralisation du secteur financier, les économistes ont apporté leur soutien intellectuel à des politiques dont les effets bénéfiques n’étaient pas prouvés et dont, dans de nombreux cas du moins, leurs propres théories laissaient penser qu’il y avait des raisons de se méfier. Ce faisant, les économistes professionnels ont contribué à une récession mondiale massive qui, de son point culminant à son point le plus bas, a anéanti plus de 30 000 milliards de dollars d’épargne et fera passer la dette publique américaine de 60 % du PIB en 2007 à environ 90 % selon les estimations.
Qu’y a-t-il de vivant et qu’y a-t-il de mort dans la social-démocratie ?
Tony Judt
Les Américains aimeraient que les choses aillent mieux. D’après des études d’opinion publique réalisées ces dernières années, tous aimeraient que leurs enfants aient de meilleures chances de vie à la naissance. C’est ce qu’ils préféreraient si leur femme ou leur fille avaient les mêmes chances de survivre à la maternité que les femmes des autres pays développés. Ils seraient heureux d’avoir une couverture médicale complète à un coût moins élevé, une plus grande espérance de vie, de meilleurs services publics et une moindre criminalité.
Lorsqu’on leur dit que ces choses existent en Autriche, en Scandinavie ou aux Pays-Bas, mais qu’elles vont de pair avec des impôts plus élevés et un État « interventionniste », nombre de ces mêmes Américains répondent : « Mais c’est du socialisme ! Nous ne voulons pas que l’État interfère dans nos affaires. Et surtout, nous ne souhaitons pas payer plus d’impôts. » C’est une étrange discordance.
Cette étrange discordance cognitive est une vieille histoire. Il y a un siècle, on s’en souvient, le sociologue allemand Werner Sombart demanda : Pourquoi n’y a-t-il pas de socialisme en Amérique ? Il y a de nombreuses réponses à cette question. Certaines sont liées à la taille même du pays : il est difficile d’organiser et de poursuivre des objectifs communs à l’échelle impériale. Il y a aussi, bien sûr, des facteurs culturels, y compris la méfiance typiquement américaine à l’égard du gouvernement central.
Ce n’est effectivement pas par hasard que la social-démocratie et les États-providence ont mieux marché dans de petits pays homogènes où la méfiance et la suspicion mutuelles ne se manifestent pas avec autant d’intensité. Être prêt à payer pour des services rendus à d’autres personnes et à leur bénéfice repose sur l’idée qu’à leur tour, elles en feront autant pour vous et vos enfants : parce qu’elles sont comme vous et voient le monde de la même manière que vous.
Vers le régime présidentiel
Pour un Parlement rénové
Jean-François Copé
La France est en train de changer de régime. Le plus souvent, pour passer de la monarchie à l’empire, d’une république à l’autre, notre pays a eu besoin d’une révolution, d’une guerre ou d’un coup d’État. Cinquante ans après l’adoption de la Constitution de la Ve République, les changements se font en douceur, à tel point qu’ils passent presque inaperçus.
Notre système de gouvernance est en plein bouleversement mais la plupart des observateurs s’arrêtent à l’écume des vagues. Lorsqu’il s’agit d’analyser les transformations actuelles de nos institutions, les commentaires des journaux portent surtout sur les bruits de couloirs ou l’humeur du Prince.
Est-ce là une conséquence récente de la « peopolisation » de la vie politique ? Non, c’est une vieille habitude dans notre pays : les chroniques de la Cour ont toujours eu plus de succès que les traités de droit… Je ne veux pas remettre en cause cette tradition mais il me semble intéressant de revenir sur les principales évolutions institutionnelles en cours pour faire la part des choses entre les effets de manches des acteurs, les circonstances politiques passagères, les changements constitutionnels profonds et les nouvelles pratiques qui émergent. Le point de vue d’une personnalité engagée dans la bataille est forcément un peu biaisé, mais il apporte en même temps des clarifications sur des rapports de force que le commentateur extérieur ne peut pas toujours décrypter. Je livre ainsi mon analyse sur le changement de régime que vit notre pays. Je tente de le faire lucidement, en reconnaissant ce qui avance et ce qui bloque. Au temps de faire son œuvre et au lecteur de faire son jugement…
Europe des nations, Europe de l’Esprit
Marc Fumaroli
S’il y a, dans cette partie du monde où nous vivons, nous autres Européens, un bonheur élémentaire et incontestable qu’aucune génération avant les nôtres ait connu, c’est celui de s’éveiller chaque matin, depuis soixante ans, sans connaître l’obsession d’être mêlé à une guerre en cours ou à une guerre menaçante. Un luxe, un privilège que bien d’autres parties du monde, aujourd’hui, nous envient. C’était déjà le cas, malgré tout, et même pendant la longue « guerre froide », sous l’inquiétant équilibre de la terreur au cours duquel une moitié de l’Europe était prisonnière, à juste titre impatiente, sous le joug de l’Empire soviétique. C’est encore plus le cas depuis la chute du mur de Berlin, et l’intégration rapide de nos frères de l’Est dans l’Union européenne, sous le signe peut-être imprudent du libre-échange économique, en tout cas favorisant la libre circulation des personnes. La seule grave fausse note, dans ce paysage européen recomposé après la tragédie sans précédent de 1939-1945, aura été le bombardement pendant plusieurs mois du territoire d’une nation européenne, la Serbie, et de sa capitale, Belgrade, par des escadres de l’OTAN, sans déclaration de guerre, sans l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU, l’un des plus douloureux épisodes de la désintégration précipitée de la Yougoslavie titiste. L’interprétation de cet épisode guerrier reste très controversée, il faudra bien un jour la tirer au clair.
L’avenir des agences de presse mondiales
Henri Pigeat
Fondées il y a 175 ans sur l’idée de mutualiser les coûts des moyens de transmission et des reportages lointains, les agences de presse font le métier de grossiste en information dans tous les domaines. Elles fournissent aux médias des nouvelles écrites, sonores, photographiques et télévisées, à la collectivité une information fiable sur laquelle peut se développer un débat public de confiance, aux États qui abritent leur siège, une perception du monde et une expression propres à leur culture. En réalisant un lien avec toutes les autres agences et la plupart des médias du monde, elles ont longtemps constitué l’armature d’un système mondial de circulation des nouvelles et assuré une forme de transparence planétaire, bien avant qu’apparaisse le terme de mondialisation.