
La théorie économique nous enseigne que des pays qui s’ouvrent aux échanges commerciaux peuvent chacun améliorer leur niveau de vie. Le commerce international n’est pas un jeu à somme nulle. Et l’ouverture des échanges liée à la « mondialisation » des années 80 a, de fait, permis une croissance économique mondiale sans précédent.
Pourtant, l’opinion publique des pays occidentaux, en Europe ou aux États-Unis, a du mal à reconnaître les bienfaits de la mondialisation. L’ouverture des échanges conduit chaque pays à se consacrer aux activités dans lesquelles il a un avantage comparatif, ce qui entraîne des changements parfois traumatisants.
Mais depuis les années 2000 ce schéma est remis en question par les progrès des pays devenus « émergents », capables, comme la Chine, de développer recherche et innovation, et donc des fabrications plus sophistiquées.
Quelle peut être la place de l’Europe et de la France dans cette future division internationale du travail ? Telle était la question posée lors d’un entretien de l’Académie des sciences morales et politiques, le 24 novembre 2011. Trois contributions à cet entretien sont publiées ici.
Cette analyse par filière peut seule aussi permettre à chaque pays, par une politique appropriée, de développer ses avantages comparatifs, ainsi que le montre une étude publiée par le McKinsey Global Institute.
Dans le cas des télécoms, l’Europe, qui occupait encore en 2000 une position de leader, l’a perdue en 2010 au profit des Américains et des Chinois. L’Europe s’est affaiblie par la fragmentation des fabricants et des opérateurs européens, les divisions nationales, une politique d’ouverture à la concurrence peu soucieuse de politique industrielle et un manque de flexibilité sociale. La Chine a su ajouter à sa capacité de production à bas coût le développement d’une recherche de perfectionnement de qualité, tandis que les Américains conservaient leur talent pour l’innovation de rupture et protégeaient leur marché au nom de la sécurité nationale.
Quelle conclusion tirer de ce débat ? D’abord, que la solution n’est certainement pas dans une fermeture des frontières, qui aurait sur l’économie mondiale les effets désastreux observés après la crise de 1929. Ensuite, qu’il n’y a sans doute pas de fatalité, mais que la place de l’Europe et de la France sera déterminée par leur volonté et leur capacité de développer leurs points forts, dans chacune des filières où elles sont en compétition.
BERTRAND COLLOMB
Que nous apprennent ces comptes enfin publiés ? Quel est le poids des cotisations versées par les adhérents dans l’ensemble des ressources des confédérations strictement définies ? Une commission d’enquête parlementaire constituée le 8 juin 2011 (présidée par Richard Mallié [UMP] et dont le rapporteur était Nicolas Perruchot [NC]) devait éclairer les mécanismes de financement des organisations syndicales d’employeurs et de salariés. Elle a refusé – le 30 novembre 2011 – de publier ses travaux. Dans les deux articles qui suivent, écrits indépendamment l’un de l’autre par des experts réputés du syndicalisme, on verra que, contrairement aux objectifs de la réforme de 2008, il n’est pas simple de faire la « transparence »… et que les budgets syndicaux réservent quelques surprises.
Commentaire
Introduction au numéro 137
Nous sommes à la veille de l’élection présidentielle et des législatives. Nous en avons débattu au printemps (numéro 133) et à l’automne 2011 (numéro 135), en envisageant les diverses issues possibles : la défaite ou le succès de Nicolas Sarkozy, la victoire de François Hollande ou celle de François Bayrou. Il ne sera plus question d’élections dans ce numéro. Les opinions et les prévisions des collaborateurs de la revue sont connues. Les problèmes que devront affronter les élus, quels qu’ils soient, ont été énoncés. Nous tirerons les enseignements du premier scrutin dans le numéro de l’été et nous dresserons un bilan de ce quinquennat à l’automne prochain.
Mais les questions essentielles pour la France et pour l’Europe seront abordées dans les pages qui suivent. En économie, pour nous sauver et pour sauver l’euro, il faudra réduire l’endettement public et retrouver le chemin de la rigueur. D’ailleurs, si ce prochain gouvernement laisse douter de sa détermination, les marchés le rappelleront à l’ordre et le Président enverra son Premier ministre à Rome demander conseil à Monsieur Monti. Plus profondément, il faudra restaurer la compétitivité de l’économie française et la croissance de toute l’Europe. Ces deux termes, rigueur budgétaire et compétitivité, sont désormais admis par une large majorité des hommes politiques français, à droite, à gauche et au centre. Quand Raymond Barre les introduisait dans la politique française et en soulignait la nécessité, il y plus de trente ans, ni le diagnostic ni les remèdes n’étaient admis à gauche et à droite. La conscience économique des Français a progressé. Mais l’idéologie et la démagogie n’ont pas disparu. Sur les relations entre compétitivité, croissance et mondialisation, on lira ce qu’écrivent dans ce numéro d’éminents praticiens plongés au cœur de la vie économique internationale : Bertrand Collomb, Olivier Coste, Patrick Pélata et Pascal Lamy.
Reste la vision historique, c’est-à-dire l’approfondissement de l’Union européenne. On mesure aujourd’hui les désastres provoqués par un élargissement excessif et incontrôlé de l’Union, par l’impossibilité de séparer la politique monétaire et celle des finances publiques, par les erreurs commises dans le traité hâtif de Nice, par les insuffisances des traités de Maastricht et de Lisbonne. L’histoire jugera les hommes d’État français, à quelque famille politique qu’ils appartiennent, par les progrès qu’ils auront fait accomplir à la construction européenne. Aussi, une fois de plus, ouvrons ce numéro par des articles consacrés à la situation de la France en Europe et à la situation de l’Europe dans le monde.
Jean-Claude Casanova
Les quatre questions traitées, sous cette rubrique générale, L’idée d’Université, s’enchaînent et se complètent. Dans le premier article, Antoine Prost, grand historien de nos institutions universitaires, propose un survol de l’Université française depuis la construction, en 1808, par Napoléon, de l’Université impériale (les universités, comme les autres corporations, avaient été dissoutes en 1792) jusqu’à 1968. Le point tournant de cette période ayant été la loi de 1896 qui reconstitue des universités, institutions factices hélas, les éléments du système étant les facultés et le cœur étant l’appareil étatique et centralisé qui les contrôle.
Laurent Wauquiez, notre ministre des Universités, décrit le système actuel. Issu lui-même de l’École normale supérieure, il sera lu par nos lecteurs plus comme un collègue ou un homme éclairé que comme un ministre. Son article défend honnêtement les réformes accomplies depuis cinq ans. Il servira de base à la réflexion sur les réformes qui sont encore nécessaires.
Fabrice Bouthillon, lui aussi issu, comme les auteurs précédents, de l’École normale, prend fermement position contre l’agrégation. Elle a été créée au xviiie siècle, au lendemain de l’expulsion des jésuites. Procédure de sélection pour de petits nombres pendant tout le xixe et le début du xxe siècle, convient-elle encore à l’époque de l’éducation de masse ? Ne nuit-elle pas à la formation des maîtres et à l’enseignement dans les universités ? Raymond Aron, au grand dam de la Société des agrégés, avait posé la question au début des années 1960 (voir les pages 339-345 de ses Mémoires). Il fallait la reposer à nouveau, avec vigueur.
Le baccalauréat reste le premier grade universitaire. Il est divisé en sections (que l’on appelle improprement « séries »). Il faut s’interroger sur ce système et le comparer, comme le fait Bernard Manuel, au baccalauréat international, mieux adapté que le baccalauréat français aux exigences d’une formation générale sans spécialisation excessive et aux besoins des universités. Ce baccalauréat international, à la création duquel ont œuvré d’illustres pédagogues français, est désormais reconnu par les grandes universités du monde, alors que nous nous complaisons à bricoler nos « séries » pour mieux les conserver tout en déplorant leurs défauts. Je ne suis pas sûr, hélas, que l’on parlera beaucoup des universités au cours des campagnes électorales qui viennent, mais nos lecteurs plus que les électeurs savent que ce sont des questions importantes pour la culture des Français et pour l’avenir de la science.
Jean-Claude Casanova














